Périodicité des travaux et des loisirs
Au reste, cette question des transformations du travail se rattache plutôt à l'adaptation économique où sera traité le rôle de l’invention. C'est pourquoi Tarde le renvoie afin de passer à un sujet qui appartient intimement au chapitre de la répétition économique, celui de la périodicité du travail.
Chez les primitifs, le cycle des travaux est tout individuel et consiste pour chaque travailleur à mener son ouvrage à bout pour le recommencer ensuite ; c’est ce que font le vannier, le tonnelier, le pécheur, le serrurier. etc. D’ordinaire, cette période est très courte ; naturellement il y a des exceptions: l’ouvrier d’Orient met souvent des mois à faire son tapis, puis le recommence ensuite ; en agriculture et même en industrie, nous trouvons une période plus longue, parfois même annuelle.
Puis la division du travail est venue partager l’accomplissement total d’une même œuvre entre plusieurs groupes d’ouvriers. Le cycle productif devient ainsi collectif et en même temps s’allonge la durée de sa période de rotation, tandis que le travail de chaque ouvrier se fragmente au contraire davantage pour se répéter presque incessamment. Le cycle collectif va donc s’amplifiant toujours. Il est cependant une durée qui tend à domi-
ner, même en dehors de l’agriculture, et qu’aucun cycle ne pourra guère dépasser : c’est le cycle annuel et ainsi le cours des astres tient sous sa dépendance le cours du travail humain.
Bien que ce cycle collectif ait la supériorité au moins quanta la grande production, il n’a pas l’avantage d’offrir comme le cycle individuel le permettait jadis, une variété charmante dans raccomplissem{mt de l’œuvre et quelque peu d’ingéniosité qui lui donnait presque un cachet d'œuvre d’art. Dans le cycle collectif, l’on ne voit plus guère qu’une répétition scrupuleuse, une invitation servile, froide et monotone (i).
C’est un peu le même contraste (jue l’on remarque entre les activités simplementphysiques, la force des vents, des marées, les rayons solaires, les substances chimiques et les activités vivantes, soit végétales, soit animales, soit humaines : « le produit (de ces activités vivantes) est toujours reconnaissable à une saveur spéciale qui caractérise toutes les œuvres de la vie », tandis que le produit qui résulte des machines a toujours « quelque chose de froid dans son identité trop parfaite, dans sa régularité trop impeccable ». Aussi Tarde admet-ilune » démarcation profonde entre le travail vivant d’une part, et d’autre part, le travail ou plutôt l’opération mécanique ou physico-chimique, et il ne veut pas qu’on creuse un fossé entre le trav'ail humain d’un côté et de l’autre, réunis en-