I . Psychologie économique, p
pas par vente ou par échange, mais par indiscrétion ou par la voie d une confidence amoureuse.
5o Appréciation. — Ce chapitre apporte une contribution respectable aux théories anticollectivistes ; car cette division qui caractérise bien l’œuvre de Tarde entre le capital-invention et le capital-outillage infirme assez la thèse de l'appropriation collective. Cette division est en effet bien étayée par les diverses considérations sur l’invention dont toute l’œuvre de Tarde est remplie.
Cependant Tarde n’est pas îi l’abri du reproche d’exageration. Il semble que l’invention, ce grand facteur, clef de tous les mystères, ait exercé sur lui un effet un peu analogue, qu on me permette la comparaison, à celui du mirage sur certaines natures.
Quoi qu il en soit, il paraît assez difficile d’admettre que les procédés techniques de la ])roduction soient plus indispensables que les matières ou les forces naturelles nécessaires à cette production. L’ingénieur, malgré ses connaissances multiples, l’agriculteur en dépit de ses méthodes fécondes, bref tout inventeur, quel qu il soit, reste impuissant s’il n’a pas les matières premières, les outils, les semences nécessaires à toute production ; et son impuissance est aussi grande que celle d’un individu qui disposerait du plus riche appareil producteur, mais qui serait dépourvu de connaissances et d intelligence. Certes, Tarde a un peu trop ravalé le capital-outil ou capital auxiliaire et par ailleurs exalté merveilleusement le rôle de l’invention.
En tout cas, nous devons lui savoir gré d’avoir réhabilité le travail de Tinventeur, de l’intellectuel, de l’homme de génie et même du patron ou de l’entrepreneur, travail dont les théories collectivistes avaient singulièrement contesté l’utilité et la supériorité. Les disciples de Karl Marx en effet semblaient n’accorder la prépondérance qu’au travail matériel, au travail de repro-
duction, dirait Tarde, et ne voyaient dans le capital que l’accumulation, « la cristallisation » de ce travail. Bien mieux, nos syndicalistes modernes, appliquant peut-être plus logiquement encore que les marxistes les doctrines de K . Marx, basées uniquement sur les besoins et les intérêts et non sur des idées ou des sentiments, — nous reverrons plus loin cette question — nos syndicalistes de la G. G. T., se séparant sur ce point de Bernstein, partisan d’une simple évolution démocratique et réformiste, veulent, dit M. Berth, >< d’une évolution créatrice de formes sociales nouvelles, d’une évolution révolutionnaire » (i) à tel point qu ils réclament, ajoute M. G. Sorel, une organisation de producteurs qui font leurs affaires eux-mêmes sans avoir besoin d’avoir recours aux lumières que possèdent les représentants des idéologies bourgeoises (2). Voilà qui est catégorique ; point d’entente avec les patrons et les capitalistes, ni même avec les intellectuels et les politiciens. « Il est