I. Tarde. La logique sociale, chapitre Vlll
Revue d’économique politique, 1888.
résultat était infailliblement de hausser le prix du blé, comme si la disette avait été réelle.
Aussi Tarde ne veut pas entendre parl<;r de la fameuse loi de 1 ollre et de la demande que l’on a longtemps regardée « comme la clef d’or de la théorie de la valeur ». C’est une « formule vague et commode... de la manière dont s’opèrent les variations des prix », mais qui ne donne pas du tout « la cause de ces variations ». Pourquoi, en elfet, une valeur baisse-t-elle quand elle est offerte par un plus grand nombre de vendeurs et pourquoi hausse-t-elle quand elle est demandée par un plus grand nombre d’acheteurs ? Cette question doit s’entendre ainsi : pourquoi à tel moment le nombre des offreurs s’est-il trouvé accru? et pourquoi le désir des acheteurs par exemple a-t-il augmenté ? La seule réponse à cette question ne peut être apportée que par une théorie psychologique de la valeur. Pour éclaircir son idée. Tarde prend l’exemple de la viande dont le prix a a augmenté, bien que la viande soit beaucoup plus offerte, alors que le prix des autres produits et du blé notamment ont baissé sensiblement. La raison de cette hausse du prix de la viande tient à ce que « l’étalon de vie s’est élevé » : les savants ont montré l’importance de la viande dans l’alimentation ; puis les idées démocratiques ont proclamé légalité de tous, ainsi que le droit de l’ouvrier à un certain confort. Voilà les vrais facteurs de celte hausse du prix de la viande.
Ce n’est pas non plus le montant des frais de pro-
duclion qui détermine le vendeur au moment ou .1 fixe son prix. Il se règle sur l intensité du désir d acquisition qu’il estime d’après certains signes, exister cher on nombre suffisant d’acheteurs éventuels et sur leur degré de fortune d’après les évaluations approximatives qu’il en peut faire. Et en fait très souvent, un produit nouveau est d’abord vendu très cher, puis peu à peu le
prix s’abaissera.
Enfin, contrairemenl à l’opinion de Ricardo, e K Marx et de Carey, G. Tarde déclare que dans l’estimalion de la valeur des choses, on n’a jamais tenu compte de la dose de travail fournie par l’ouvrier, .\u reste, cette théorie ne saurait trouver une commune mesure valable. La seule commune mesure qu’on pourrait adopter est toute psychologique i e’est la quantité du desn satisfait par le produit du travail, car on sait que le désir
reste toujours le même.
Aussi Tarde conclut-il : « Nous savons. . . que la valeur a toujours été causée par des désirs et des croyances qui ont changé d’àge en âge ; que les mutations de désirs et de croyances, de besoins, sont fonction d’inventions et de découvertes successives ; et que jamais le degré ^nimé crue d’un produit obtenu grâce à celles-ci, j’entends d’utilité relative et comparée à celle des autres produits à sacrifier pour l’acquérir n’a cessé d’être le fondement du prix ». Et ailleurs : « C’est d’un grand nombre de ces combats intérieurs, de ces crises sourdes et cachées, que sort le prix, leur dénouement ».