V.— Compléments apportés par M. Alfred de Tarde
Cette théorie du juste prix que nous venons d’aborder a été brillamment reprise par M. Alfred de Tarde dans une thèse très intéressante et que la Faculté de Paris a couronnée en 190Ü. Nous devons donc dire quelques mots de cet ouvrage et apporter quelques compléments à cette théorie. Aussi bien nous ne sortirons pas de notre sujet, car c’est la pure doctrine de Tarde que nous voyons exprimée dans cette thèse. Je n’en veux d ailleurs pour preuve que la dédicace mise par 1 auteur en tête de son livre : « A la mémoire vivante de mon père, Gabriel Tarde, je dédie ces pages tout imprégnées de son souvenir et de son enseignement. » Au reste, la solution à laquelle est arrivée M. Alfred de Tarde est absolument conforme à la doctrine psychologique de son père : « L’idée du juste prix, écrit-il, c’est donc la forme même du jugement de valeur dans la conscience, et le contenu de cette idée dépend, comme le contenu du jugement de valeur,de l’état des consciences individuelles, dont il suit les modifications successives ».
On le voit. Tarde n’a pas professé d’autre doctrine que celle-là .
Cette thèse nous met cependant plus en évidence peut-être tout le fond de la doctrine de notre sociologue
i.Alti'cd de Tarde. L'idée du juste prix, p. ii,aî8.
et nous explique en tout cas d’une manière plus précise ce que Tarde devait penser des théories sur la valeur qui
ont précédé la sienne.
M. Alfred de Tarde fait en effet une rapide histoire
de ces diverses théories. Cette étude l’amène à distinguer deux courants bien distincts, deux groupes opposés des économistes. Le premier et le plus important, florissant surtout en Angleterre, « fonde la valeur sur le travail ou sur les frais de production qui se résolvent eu travail »(i). Locke, Canlillon, Smith, Ricardo, Mac Culloch, Thompson, Stuart Millet Marx n’ont pas en définitif professé d’autre théorie ; de même Proudhon et toute l’école classique française, si connue par son prix de concurrence. Bastiat a seul fait exception et s’est plutôt rapproché du second courant, qui trouve la source et la mesure des valeurs dans l’esprit de 1 individu. Cette doctrine psychologique a été entrevue par nos philosophes du xviii‘ siècle et notamment par Condillac et Turgot ; mais c’est surtout vers la fin du siècle dernier qu’elle a été développée avec succès par Stanley Jevons, Walras, Karl Menger, Boëhm Bawerk. Aussi est-elle connue sous le nom de théorie psychologique, ou encore d’école autrichienne, ou d’école subjective par opposition à la précédente, dite théorie objective de la valeur.
Les théories objectives veulent réduire la valeur à des