‹ Gabriel Tarde et l'économie politique [microform], un essai d'introduction du point de vue psychologique dans le domaine économiqueChapitre 161 sur 233 · CHAPITRE PREMIER I>’I.MAGl\ATIO\ ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER I>’I.MAGl\ATIO\ ÉCONOMIQUE

g I. — Conditions de l’invention

Tarde détermine d’abord les conditions physiologiques et psychologiques de l’invention, s’inspirant de tout point des déductions et des observations de MM. Ribot, Paulhan, Séailles et Souriau.

« Le travail de création cérébrale congestionne plus ou moins le cerveau : pouls petit, contracté, la peau pâle, froide, la tête bouillante, les yeux brillants, injectés égarés : telle est la description classique de cet état, d’après M. Ribot. »

L’imaginatif, considéré du point de vue psychologique <( n’est pas seulement un rêveur, mais un passionné, dont l’idée fixe s’alimente d’un sentiment fixe ». On j-emarque chez lui une préoccupation tenace, et qui explique la distraction légendaire des génies. Aussi « dans sa rêverie voisine de l’hallucination, les images, remarque M. Souriau, tendent à devenir les états forts «■ et les sensations, les états faibles, à l’inverse de l’état normal ». Mais on a eu tort de voir dans le génie une névrose et de considérer l’inventeur presque comme un

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fou ; on ne doit pas confondre « avec la mégalomanie de l’aliéné la foi en sa mission qui est nécessaire à l’inventeur pour le soutenir dans ses luttes, dans son dévouement à son idée ».

Pendant que le moi de l’inventeur s’absorbe ainsi dans la poursuite de l’idée, on doit noter «jue le sousmoi ou l’inconscient collabore aussi dans une certaine manière à ce travail mental et cette collaboration, c’est précisément l’inspiration. Parfois cette inspiration, ce secours du sous-moi produit des résultats étonnants et soudains ; dans ce cas, les poètes se disent inspirés ; mais les savants et les ingénieurs pourraient le dire aussi bien d’eux-mèmes. Et c’est là une des raisons profondes de la distinction entre le travail de l’inventeur et le travail de l’ouvrier « où il n’entre aucune collaboration notable de l’inconscient. »

L’invention est tille du loisir et de l’étude. Aussi c’est dans les professions libérales, dans les classes aisées « qu’éclosent en général les idées destinées à révolutionner les métiers manuels, et à élever le niveau des classes populaires ». Ce sont les savants, les grands inventeurs qui, par leurs découvertes, ont mis sur pied les machines et transformé l’outillage du monde entier.

L’influence du milieu social est donc manifeste ; mais il ne faut pas tomber dans l’excès contraire et dire que « l’homme de génie est une simple résultante des mas-

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