‹ Gabriel Tarde et l'économie politique [microform], un essai d'introduction du point de vue psychologique dans le domaine économiqueChapitre 162 sur 233 · I. Psychologie économique, t. II, p. 23o-a3H · texte numérisé non relu

I. Psychologie économique, t. II, p. 23o-a3H

ses, un être purement représentatif de son milieu ». Gomment expliquer alors, remarque M. Ribot, qu’il suscite au début tant d’oppositions dans ce même lieu et que Jacquard par exemple ait trouvé pendant douze années une opposition systématique contre l’introduction de son métier à tisser.

Certes, toute invention n’est qu’une combinaison d’imitations, mais c est la nature de cette combinaison qui est tout le mystère ; le rapprochement des idées prises dans le fond commun, voilà ce qui reste à expliquer. Ainsi « quand Huyghens a eu l’idée de la théorie ondulatoire de la lumière, les phénomènes du rayonnement lumineux et ceux de la propagation des ondes sonores ou des rides formées par le vent à la surface d’un lac, ont été aperçues par lui comme des conséquences d un même principe, des applications d’une même formule, après avoir passé jusque-là pour être sans rapports entre

eux ».

Ainsi donc, dans tous les cas, la connaissance inventive est un fait purement intellectuel, un raisonnement déductif, un syllogisme. Sur des données connues, on échafaude à l’aide d’une hypothèse préalable une suite de constructions qui, chez l’inventeur, arrivent parfois subitement à une conclusion heureuse et féconde. Et c’est par des syllogismes de cette nature, faits souvent à leur insu, que les Pasteur, les Helinholtz, les Lavoi-

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sier, les Newton ont fait acte d’invention. 11 ne leur restait plus alors qu’a expérimenter, à constater « le caractère réel ou imaginaire de l’hypothèse inventée ».

Mais pour avoir été déduite, chaque invention n’en a pas moins été inattendue et fortuite. Et Tarde revient avec insistance sur le côté accidentel et individuel des inventions, parce que c’est une idée méconnue et qui lui est chère. Au reste, cela ne doit pas étonner, surtout si l’on songe que le génie inventif « commence presque toujours par être au service d’un jeu ou sous la dépendance d’une idée religieuse ou superstitieuse. Beaucoup d’institutions économiques ont une origine religieuse ». Et en elfet, on observe au début des évolutions économiques de nombreuses foires populaires coïncider avec des fêtes religieuses ou se tenir à leur occasion. La nature des inventions accueillies dépend aussi de la manière dont on s’amuse. Aussi Tarde écrit-il : « L’évolution sociale commence et tinit par des jeux et par des fêtes. C’est en se jouant que l’homme a appris peu à peu tous ses modes de travail ; et le développement des industries les plus pénibles, les plus ingrates, tend à rendre la vie plus joyeuse, à y remplir de plaisirs plus variés les loisirs plus longs. Le travail est une phase à traverser entre l’insouciance paresseuse des primitifs et la gaieté vive des civilisés futurs. »

Et partant de cette vue qu’un besoin est stimulé par ce qui le satisfait, que le génie inventif est d’autant plus attiré vers un ordre de recherches que dans cet ordre

il a déjà été fait plus d'inventions heureuses, Tarde déclare que la part du hasard déjà manifeste lors de l’invention primordiale ne peut qu aller croissant dans les découvertes postérieures. Et si l’on songe qu’il y a des accidents dont les conséquences sont indéfinies, peut-être éternelles, on doit convenir que les contrecoups fortuits des événements peuvent avoir des effets incalculables.

Prenant alors l’exemple des grandes découvertes du xve siècle. Tarde entre dans des considérations brillantes qui illustrent merveilleusement sa thèse. Il nous montre le caractère tout fortuit de la plupart de ces expéditions, lancées au milieu des océans, ballottées sans cesse par les vents qui sifflent avec furie et les vagues qui mugissent sournoisement. Quelques jours de plus et Christophe Colomb lui-même allait succomber, victime de l’exaspération de son équipage. Et quelles transformations ces découvertes ont apportées dans le monde géographique et dans l’àme collective des peuples ; quels ravages n a pas opérés celle soif de l’or qui s'est alors emparée des nations. Et conclut Tarde, « si l’on songe que. sans la découverte de la boussole qui est toute fortuite, cette série ne se fût pas deroulee, parce que la fin visée par ce déroulement ne se fût pas imposée aux âmes, on est forcé de convenir que le hasard a droit de revendiquer en grande partie la pater-

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