I. Psychologie économique, t. II, p
en effet les collegia romains, les corporations du moyen âge, les ghildes si répandues en Angleterre et en Allemagne. Et même après un relâchement, une ère de libre concurrence, nous voyons réapparaître une phase nouvelle, caractérisée par l’éclosion d’une foule de syndicats.
Il serait intéressant de Jeter un coup d’œil sommaire sur ces fameuses corporations du moyen âge. Leur but était « d adapter la production à la consommation dans des conditions de fixité réputées invariables de l’une et de 1 autre et dans les limites d’un marché bien circonscrit qu’on jugeait devoir rester de même inextensible ». On n’avait pas à prévoir le renouvellement des conditions de la production, les inventions industrielles étant si rares, ni même le changement des besoins de la consommation
à cause de la domination généralement admise de la morale chrétienne. Il n’y avait donc qu’à empêcher «l’excès en quantité et le déficit en qualité de la production » ; de là les nombreuses difficultés de la production, 1e long apprentissage, le chef-d’œuvre, les précautions contre la fraude, la malfaçon ; de là encore la restriction ou la limitation du nombre des apprentis, des maîtres, ainsi que de leur productivité. Ainsi, pour assurer la bonne qualité des produits, on exigeait que l’atelier fût exposé
aux regards des passants, on interdisait le travail de nuit
à cause de la défectuosité de l’éclairage. On avait aussi décidé que les statuts des professions, aussi bien que le taux des prix et des salaires, fussent édictés par le
prince. Aussi les grèves étaient elles dès lors sévèrement punies, parce qu’elles se trouvaient être des actes de rébellion vis-à-vis de l’autorité. Et du jour où avec le régime individualiste du libéralisme économique disparut cette conception du salaire, il n’y eut plus aucune raison d’interdire la coalition des ouvriers.
Ces corporations ne dépassaient pas le ressort d’une même ville. Aussi dès le xv' siècle, les artisans éprouvèrent le besoin d’une association plus vaste, au moins intermunicipale. Les rapportsplus fréquents entre ouvriers, nous dit M. Levasseur, créèrent le compagnonnage et la franc-maçonnerie, ce qui prouve combien est irrésistible l’expansion de l’action intermentale. La guerre de Cent ans, bien qu’elle eût fort refoulé ce penchant expansif, avait toutefois brisé « les clôtures de la vie sédentaire » et élargi les relations des hommes entre eux. De plus la noblesse, vaincue et humiliée, avait vu son prestige diminuer. Le peuple déjà s’était mjs à imiter les seigneurs, ce qui fit abaisser singulièrement les barrières des classes.
Or, c’est cette double tendanee à l’abaissement des barrières entre les classes et les villes, qui caractérise les confréries du xv" siècle et leur donne un caractère plus moderne. Elles se rapprochent beaucoup plus de l’idéal contemporain qui est d’adapter les associations à une société démocratique, à un marché national ou