‹ Gabriel Tarde et l'économie politique [microform], un essai d'introduction du point de vue psychologique dans le domaine économiqueChapitre 195 sur 233 · II. — Solution psychologique · texte numérisé non relu

II. — Solution psychologique

Cette question de la population n’est donc pas, comme le croyait Malthus, une simple question de subsistance. Le problème est bien plus vaste et tient à des causes bien plus complexes. Aussi le lien que certains statisticiens ont essayé d’établir entre les variations du prix des blés et celles des mariages n’est pas scientifiquement fondé. « La vraie influence qui agit sur la tendance au mariage est l’espérance plus ou moins vive en l’avenir », jouet elle-même d’une foule d’apparences. Au contraire, nue statistique sagement interprétée nous montre que le développement de la prévoyance est contraire à celui de la natalité ; il en est de même de l’esprit d’entreprise : ce sont bien là des raisons psychologiques.

En résumé donc « la progression numérique des populations, leurs luttes, leurs alliances même et leur prospérité laborieuse, ne sont un bien que dans la mesure où elles favorisent l’éclosion d’individualités sinon plus

la famille, le désir de perpétuer le foyer ; c’est cet attrait qui rappellera au g'rand nombre le devoir suprême de procréation. Il y avait jadis un calcul assez puissant et qui suffisait à suppléer l’attrait que nous venons de citer : on érigeait la piété filiale en maxime supérieure et le père savait qu'il serait amplement payé de ses privations par ses propres enfants ; il voyait là un véritable placement, une forme véritable du crédit, consistant dans la réciprocité des services. Mais ce calcul ne garde toute sa valeur qu’aussi longtemps que subsiste dans la législation et les mœurs quelque chose de l’antique piété filiale. Et précisément Tarde prévoit qu’un jour viendra où ce devoir de piété filiale cessera d’être élevé si haut par les législateurs et les moralistes, qu’un moment viendra où « si l’on n’y prend garde, les hom mes, de plus en plus assurés de l’assistance de leurs contemporains, et de moins en moins de l’assistance de leurs enfants, auront de moins en moins recours à cette dernière, qui était jadis la seule offerte à leurs yeux », La société .sera peut-être alors obligée d’intervenir pour sa sauvegarde, « de soumettre l’élevage humain, la viriculture, au point de vue de la quantité et de la qualité, à des règlements rigoureux ». Cette solution peut paraître assez draconienne. Aussi Tarde penche-t-il vers l'idéal esquissé plus haut : « renforcer le lien familial, qui tend visiblement à se relâcher avec excès » (iV C'est la

Tarde. Psychologie économique, t. II, p. 445-447

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