I. G. Richard. Le socialisme et la science sociale
cette question nous nous appuierons beaucoup sur 1 étude de M.Turgeon (i), intitulée : La conception matérialiste de l histoire, d’après Marx et Engels, étude qui a mis particulièrement en évidence ce côté de la théorie collectiviste .
La thèse marxiste peut ainsi se résumer : Les besoins, les intérêts, les fonctions économiques actionnent et dirigent le monde et par conséquent expliquent toute l’histoire. Sont donc purement insignifiantes les idées individuelles. La prétendue puissance des grands hommes n’est qu’un leurre ; car la véritable puissance, c’est celle des peuples et des foules. Tout le développement social est sous la dépendance du développement économique. L’histoire de l’économie domine celle de l’humanité. On le voit clairement, cette thèse est de tout point contraire à celle de Tarde .
Entrons maintenant plus profondément dans cette philosophie dont nous venons d’indiquer l’idée dominante. Comment Marx a-t-il pu concevoir cette action prépondérante, et même à peu près exclusive, des causes économiques sur le cours des sociétés ? Karl Marx et aussi bien Engels partent de ce principe pour eux irréfragable : la vie est une ; il n’y a qu’une réalité vivante et l’on ne doit pas admettre qu’il y ait dans la vie de la
i.Turgeon.w La conception matérialiste de l’histoire d’après Marx et Engels », in Travaux juridiques et économiques de l' Université de tiennes, t. 11. Bibliothèque universitaire de Rennes, 1908-1909.
pluralité ou de la divisibiltié. « Tout se tient, tout s’enchevêtre dans la vie » et partant il ne peut y avoir qu’une explication de la vie et de l’histoire, c’est l’explication économique.
En effet, expliquer l’histoire par l’action de facteurs parallèles, idées politiques, conceptions ethniques, croyances religieuses, etc., c’est, d’après Marx et Engels, introduire une conception fragmeniaire de l’histoire, conception qui n’est pas la vraie. Et c’est précisément l’avantage du matérialisme historique de rétablir l’imité dans la vie qui est une et qui se doit expliquer par une cause unique. Or le seul facteurqui puisse englober tous les autres, c’est le facteur économique; c’est aux forces économiques qu’il faut accorder l’influence unique et déterminante. Les intérêts économiques sont l’unique ressort et toute l’explication de la vie sociale, « l'assise première», « l'infra- structure »de la vie.
Cette idée, remarque justement M. Turgeon, a été vite exagérée par les disciples de Marx et on a déduit que l’histoire économique est toute l’histoire humaine. 11 semble en effet qu’il n’y ait plus qu’à étudier le côté économique de 1 histoire, qui d’après cette conception est la Cl maîtresse racine des forces de la vie ». C’est la tendance qu’on peut observer chez plusieurs historiens de notre temps. Certains en effet pensent expliquer l’histoire en considérant, selon la conception de M. Labriola (i),