I . Tarde. Essais et mélanges sociologiques, pp. 307 , s
l’imitation commence ainsi par être unilatérale : le supérieur reçoit les hommages de l’inférieur sans lui en rendre aucune partie ; c’est bien la définition du paterfamilias, du suzerain féodal.
Mais cette loi avait besoin d être complétée par une autre, qu’on peut ainsi formuler : le supérieur est pris à son tour par le lien social qui est établi entre lui et son inférieur ; il y a bientôt réciprocité d'imitation de la part du supérieur. C’est qu’en effet, vivant en société, il est amené à adopter lui-même certaines des manières de faire de son associé. Il se crée ainsi un nouveau courant d imitation, dans le sens inverse du précédent, et l’imitation d’unilatérale devient ainsi bilatérale : l’inférieur est en quelque sorte imité pai le supérieur, dans une mesure assez restreinte d’ailleurs.
Comment rayonnent maintenant ces imitations réciproques, ces exemples divers ?
Limitation, dit Tarde, va du dedans de l’homme au dehors : c’est la troisième loi qu’il ait posée. L’individu qui en copie un autre prend sa façon de voir avant de prendre sa façon d agir. « Il semble, à première vue, dit-il, qu un peuple ou une classe qui en imite une autre commence par copier sou luxe et ses beaux arts, avant de se pénétrer de ses goûts et de sa littérature, de ses idées et de ses desseins, de son esprit en un mot, mais c’est précisément le contraire »(i). Ainsi u la propagation
Tarde. Lois de l’imitation, p. aaS.
Dupont ^
des rites marche moins vite que celle des dogmes, et d’une manière générale, l’imitation <les idées précède celle de leur expression, l’imilalion des buts précède celle des moyens » (i).
g 3. — L^opposiiion
Comme toute science^ la sociologie doit rechercher dans son domaine propre comment les phénomènes se reproduisent, se détruisent et se créent ; c'est dire, pour emprunter le langage de Tarde, quelle veut éta blir les lois de la répétition, de l’opposition et de l’adaptation des phénomènes. Elle doit, dit-il, posséder « son domaine propre de répétitions, d’oppositions, d’adaptations, toutes caractéristiques et bien à elle >>(2).
Définition. — En ce qui concerne donc l’opposition. Tarde nous en a donné toute une vaste théorie dans « son livre sur l’opposition universelle », mais il suffira ici de ne considérer que les oppositions sociales.
Or, en cette matière, notre sociologue subordonne le progrès de la science à la découverte de nombreuses oppositions, profondes et intimes, à l’étude des oppositions quantitatives. Et précisément pour Tarde, la véritable opposition sociale, c’est l’opposition entre les croyances et les désirs. L’auteur en effet voit en elle « une forme très régulière de la répétition, celle de