Tarde. Les transformations du pouvoir, p. ai
ces courants, soit en les contenant, soit en les activant, dans le sens de leur plus grande convergence, et de leur moins grande divergence ». Enfin l’Etat, « c’est le pouvoir gouvernemental personnifié dans son chef, roi absolu ou président du conseil » (i).
Le pouvoir est donc d’origine familiale et son rôle est de diriger et de protéger les individus, comme jadis le pater/amilias devait exercer ce rôle vis-à-vis de sa famille.
Transformations du pouvoir . — Toutefois il diffère beaucoup suivant ses origines prochaines et n’a de commun que cette origine primitive. Il est d’ailleurs soumis à une foule de fluctuations, de transformations qui naturellement seront conditionnées par la série sans nombre des inventions et découvertes propagées par l’imitation ; car ces transformations sont en raison des variations, des croyances et des désirs sociaux, croyances et désirs que bien des influences peuvent modifier. Mais Tarde n’admet que les influences psychologiques ou sociales, influences à j.eu près identiques, puisque, à ses yeux, « le social n’est que du psychologique propagé par imitation ». Et on retrouve ainsi comme sources premières de l’autorité politique les deux quantités psychologiques essentielles, le désir et la croyance. Or, quand elle s’appuie spéciale-
Taide. Les transformations du pouvoir, pp. 21-33.
ment sur les désirs, l’autorité est dite « tyrannique » ; « légitime » (1) au contraire, si elle se base sur les croyances.
Et ainsi une découverte, éclose dans un esprit individuel, mais répandue dans toute une société, peut transformer les idées ou les préjugés relatifs à la supériorité de certains hommes : les découvertes scientifiques par exemple, détruisent la croyance à la supériorité des sorciers, des augures, etc. ; l’invention de l’imprimerie a de même créé le pouvoir politique de la presse. Donc toutes les croyances, en se transformant, transforment véritablement le pouvoir, grâce aussi à la propagation des inventions et des découvertes.
Et Tarde insiste à ce sujet sur le rôle que jouent deux grandes supériorités sociales : les noblesses et les capitales. Ce sont en effet des agents de propagation descendante, « un château d’eau social » (2), pour les nouveautés littéraires, religieuses, morales, industrielles môme, nées en dehors d’elles, à l’étranger, ou dans les couches inférieures de la nation.
Les noblesses. — La noblesse avait à jouer un rôle très important et que Tarde a essayé de réhabiliter, en justifiant l’existence des aristocraties. Cela tenait probablement à ses idées sur l’invention et sur les grands hommes, qui se rapprochaient assez de celles de Nietzsche, de Renan et de Flaubert. On ne saurait nier non
I. Tarde. Les transformations du pouvoir, p. 4a, s. 3. Tarde. Les transformations du pouvoir, p.88.
s qu’il était très individualiste, si meu qu u il valait mieux s’isole- du public comme de la foule jadis le rec .miandait Epicure, vivre dans Ion du monde, loin des collectivi-
urilleux et les ja- (jhateaubriand et vient
et, comme une tour d’ivoire
tés, que seuls ont admirée les org loux, Richard Wagner, Victor Hugo,
Jean-Jacques Rousseau. Et comme tout progrès de l’individu, il aurait peut-être souscrit volontiers à cette appréciation de Flaubert ; « Il y a un fond de bêtise dans l’humanité, qui est aussi éternel que l’humanité elle-même. L’instruction du peuple et la moralité des classes pauvres sont, je crois, des choses de 1 avenir. Mais quant à l’intelligence des masses, voilà ce que je nie, quoi qu’il puisse advenir, parce quelles seront tou- ■ jours des masses. Ce qu’il y a de considérable dans l’histoire, c’est un petit troupeau d’hommes, trois ou quatre cents par siècle peut-être et qui, depuis Platon jusqu’à nos jours, n’a pas varié, ce sont ceux-là qui ont tout fait et qui sont la conscience du monde. Quant aux parties basses du corps social, vous ne les eleverez . lo croira nbis à 1 Immaculce-
I. Flaubert. « Lettre à Chantepie » in Nouvelle revue i5 février 1897.
titutions politiques et administratives d’un pays : c est la noblesse anglaise qui a fait la constitution de 1 Angleterre ; l’aristocratie des grands planteurs des Etats du sud qui a fait la constitution des Etats-Unis. La noblesse française a fait la monarchie capétienne et après elle, Paris a fait la France, comme après les lords, Londres a fait l Angleterre. Enfin une noblesse a quatre sources possibles ; une source militaire, une source economique, une source religieuse, une source esthétique Q).
Les capitales. — Les capitales ont également quatre sources possibles ; elles peuvent être religieuses, economiques, esthétiques et militaires. En ellet, une ville peut naître ; 1“ autour d’un temple, d’un sanctuaire, d'un lieu de pèlerinage ; 2<> autour d’une gare, d’un port, d’une fabrique ; 3“ il y a des villes d’un type avant tout esthétique ; 4“ elle peut s’élever autour d’un fort ou d un
palais (2).
Au reste, une ville n'a pas qu’un fondateur, elle en a des milliers. Son fondateur apparent et aussi bien chacun de ses transformateurs successifs n’est venu la, comme toutes les familles et les individus qui l’ont suivi, que pour mettre à protit les ressources offertes par de nombreux inventeurs obscurs ou célèbres, sans lesquels la cité ne serait pas ce quelle est. Il taut toujours en revenir à cette origine primordiale : « le fonc-