I. — La. science. — Caractère général
G. Tarde avait à cœur de contribuer au développement de la sociologie ; car il estimait qu'elle était une science sui generis, avec son objet propre comme les autres. Mais il est un principe très important en ce qui concerne la définition de toute science en général ; en tout ordre de phénomènes, il est nécessaire d’établir une distinction entre les singularités et les répétitions. De ce principe donc dépend tout aussi bien la légitimité de la sociologie .
Aussi Tarde part-il de cette vue que la science commence par apercevoir des rythmes, des similitudes, en un mot des répétitions générales et qu’elle a pour objet de constater ces répétitions. Un monde où par hypothèse tout serait lié, déterminé, mai» où rien ne se ressemblerait, échapperait aux prises de la science : c’est avec la répétition, la ressemblance des phénomènes que commence son domaine. La science a pour objet
l’étude des similitudes ; elle est un ordre de phénomènes considérés du côté de leurs répétitions.
Partant de cette vue, certains auteurs ont parfois objecté que la vie sociale était trop complexe, pour qu’on pût la ramener à des notions générales et vraiment scientifiques; c’était là, selon eux, un véritable obstacle au développement de la sociologie. Mais Tarde ne croit pas qu’il y ait là une réelle difficulté ; car il déclare dans ses Lois sociales (i) qu'il n’y a pas plus de complication, d’irrégularité ou de caprice apparents dans le dédale des faits historiques que dans le monde des météores ou dans les solitudes ténébreuses d’une forêt vierge. Aussi nous dit-il « considérées à ce point de vue, par ce même détail essentiel, les sociétés ne présentent pas moins de répétitions précises, de séries régulières et identiques d’actes et de faits, que le monde vivant ou le monde physique même » .
En résumé. Tarde admet donc ((u’une science existe dès quelle peut découvrir des répétitions propres, correspondant à l’objet qu’elle veut étudier. C’est à ce caractère qu’elle devra vraiment son autonomie .