‹ Gabriel Tarde et l'économie politique [microform], un essai d'introduction du point de vue psychologique dans le domaine économiqueChapitre 92 sur 233 · I. Psychologie économique, i55-i6i · texte numérisé non relu

I. Psychologie économique, i55-i6i

croissantes, cette série de désirs qui s’enchaînent pour présenter une sorte de courbe ouverte, toujours en voie de se fermer et toujours réouverte, par de nouveaux chocs, c’est, si l’on veut une ivresse, un transport de joie, mais ce n’est pas le bonheur ; car le bonheur « est une rotation en quelque sorte quotidienne de désirs enchaînés, périodiquement renaissants et satisfaits de nouveau pour renaître encore, et ainsi de suite indéfiniment. »

Naissance des désirs. — Ces désirs nouveaux qui viennent s’insérer dans la ronde de nos désirs anciens et ceuxci tout aussi bien, sont assurément de nature organique : ils « sont latents dans les profondeurs de notre organisme », mais ils y sont cachés comme toutes les statues possibles sont renfermées dans le bloc de marbre ». Aussi la source véritable de tous ces désirs, c’est en somme la série des rencontres de l’individu avec les êtres extérieurs qui forment le climat et le sol de la contrée, et avec les autres individus qui composent le milieu social. Ce sont ces rencontres diverses, causes de découvertes et d’invention qui expliquent tout désir quel qu'il soit, à condition toutefois que cette invention se trouve imitée, et partant qu’elle se propage. Et nous revenons ainsi à l’imitation, le grand facteur de la propagation des désirs, auquel est du reste subordonnée toute industrie.

Cette diffusion des désirs permet à l’auteur de rappeler ici ses lois de l’invention et de l’imitation, de mon-

^ trer que malgré leurs variations multiples, les découver-

tes ou les inventions ont un trait commun : au fond, \ elles consistent en un croisement mental de deux idées

regardées jusque-là comme étrangères, l’idée de rail et i de vapeur par exemple, d’électricité et de magnétisme,

î en une rencontre heureuse, en une jonction féconde de

|| ces deux idées.

j Et cette invention, cause de toutes les transformations

subséquentes. Tarde le rappelle encore, « n’est jamais I un travail», mais le fruit des loisirs de l’inventeur. « Loin

d’être un travail, c’est-à-dire un efiort et une peine elle j est une joie intense et profonde, qui dédommage celui

I qui l’éprouve des fatigues de toute une vie ». Le travail

n’est donc plus la source unique de la valeur ; c’est l’invention qui est la source première ; car le travail, « c’est de l’imitation à jet continu, c’est une série périodique d’actes enchaînés ».

Tarde met donc bien en relief le rôle capital de l’invention : c’est sous cet aspect, dit-il encore, qu’il faut examiner les théories socialistes. On verra ainsi que l’entrepreneur, eonsidéré comme un capitaliste, ne saurait prétendre en bonne justice revendiquer certains bénéfices énormes, auxquels il peut avoir droit entant qu’inventeur. Et dans le chapitre suivant. Tarde, à propos du rôle économique de la croyance, reprendra cette même question et montrera que ce qui distingue l’entrepre-

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