‹ Gabriel Tarde et l'économie politique [microform], un essai d'introduction du point de vue psychologique dans le domaine économiqueChapitre 94 sur 233 · I. Psychologie économique, Tp · texte numérisé non relu

I. Psychologie économique, Tp

sité, la chemise, les souliers, le chapeau, qui n’ait commencé par être un objet de luxe » .

Luttes des désirs. — Certains désirs se voient parfois entravés ou même arrêtés dans leur propagation. Cela tient à ce qu’ils se trouvent en lutte avec d’autres désirs ou avec des croyances qui les contredisent. Ainsi la consommation des vins français se trouve entravée par l’habitude de boire de la bière en Angleterre. Inversement, certains désirs se trouvent secondés dans leur expansion par des désirs ou des idées qui semblent tendre au môme but. Ainsi le désir de boire des liqueurs alcooliques trouve un admirable auxiliaire dans celui de causer avec des camarades. C’est ce qui rend l’alcoolisme si dangereux et si malaisé à combattre ; car « boire ensemble, eneore plus que manger ensemble, est un besoin social ».

Désirs actijset passijs. — Enfin certains désirs s’intensifient, se fortifient en se répétant ou en se propageant : ce sont les désirs actifs ou désirs de production ; d’autres au contraire vont s’affaiblissant, s’émoussant, à mesure qu’ils se répètent ; ce sont les désirs passifs ou désirs de consommation dans leur ensemble. Il est en effet dans la nature des choses que l’activité productrice soit poussée en tout ordre d’action, à dépasser l’avidité consommatrice et forcée de l’attendre de temps en temps d’où « la fréquence sinon la périodicité des crises ». Cette avance de la production sur la consommation est d’autant plus manifeste qu'il s’agit d’une consommation

plus élevée, partant plus sociale ; moins forte dans la surproduction industrielle, elle dépasse énormément la consommation de littérature et d’art dans la production littéraire et artistisque.

L’offre et ta demande. — Il est deux classes de désirs qui jouent un rôle capital sur la scène économique : ce sont l’olfre ou désir de vendre et la demande ou désir d’acheter. Or, ces deux termes, offre et demande, ne consistent qu’en désirs et en croyances, et il est impossible de ne les entendre qu’au sens objectif, c’est-à-dire dans le sens du nombre des demandeurs et des offreurs ou de la quantité de marchandises iju’ils offrent ou qu'ils demandent. Au contraire ces termes deviennent précis quand on leur donne un sens subjectif et qu’on y fait intervenir les désirs de vendre et d’acheter des vendeurs et des acheteurs, avec leur degré d’intensité et leurs variétés de foi ou de confiance : a Le degré de désir et le degré de confiance sont des éléments non moins importants à considérer que la quantité des choses olfertes ou demandées et le nombre des demandeurs ou des offreurs » ; ils sont même « plus essentiels, plus caractéristiques». Et cela est aussi vrai qu’on soit en présence des marchés primitifs où l’on ne rencontre guère qu’un offreur et un demandeur, ou de nos grands marchés modernes, dont les transactions sont si complexes. Le grand but visé par les petits marchands villa-

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