‹ Gabrielle: comédie en cinq actes, en versChapitre 12 sur 71 · SCÈNE VIL GABRIELLE, ADRIENNE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL GABRIELLE, ADRIENNE

Quel homme !

ADRIENNE

N'est-ce pas? Eh bien! ma pauvre ftmie, Sur ses désagréments je me suis endormie :

L'habitude me berce, et j'ai presque oublié Qu'avec lui mon destin est digne de pitié.

ACTB I. ii

Je me stlis résignée à toutes ses manies ; Je ne me roidis plus contre ses tyrannies, Et finirais, je crois, par trouver cet époux Un époux accompli , s'il n'était pas jaloux.

6ABRIBLLB.

Il Test encore?

ADRIENNB,

Hélas 1 tous les jours davantage :

Cette fureur ne fait que croître avec mon âge. Julien est-il jaloux?

GABRIBLLB.

Oh non ! — Pauvre Julien I Ce n*est pas un mortel à s'émouvoir de rien : Il a Tâme logée en trop paisible assiette Pour qu'un brimborion comme moi l'inquiète.

Pourvu que son métier lui rende de l'argent , Il a pour tout le reste un dédain indulgent , Et ne s'informe pas si je me trouve heureuse, Ni , quand j'ai les yeux creux, quel ennui me les creuse.

ADRIENNB.

Quel ennui ! — Pauvre femme, as-tu donc des ennuis?

GABRIBLLB.

J'en ai. — Si tu savais dans quel vide je suis. Dans quel désœuvrement et quelle solitude !

Tout me manque à la fois, tout , jusqu'à l'habitude, Ce triste bonheur fait de paresse et d'oubli Où j'ai cru quelque temps mon cœur enseveli. Ahl pourquoi sommes-nous ^enus à la campagne^ C'est le réveil des ci eux et des champs qui me gagne ; C'est le tiède printemps, c'est la verte saison

Qui m'ont mis cette sève au cœur, — ou ce poison î

Je sens dans ma poitrine une fureur de vivre,

Une rébellion qui m*effraie et m'enivre ;

Je voudrais../ je ne sais, hélas ! ce que je veux ;

Mais rien de ce que j'ai ne satisfait mes vœux.

Le détail journalier de ma maison m'écœure ;

La lecture ne peut me distraire : je pleure,

£t j'éprouve un dégoût dont rien ne me défend ,

Pas même — et j'en rougis — pas même mon enfant !

« ADRIBNNE.

C'est que tu n'aimes plus ton mari.

Moi , ma tante !

ADRIENNE

Si tu l'aimais toujours, tu serais plus contente.

Je t'assure...

ADRIBNNE.

Voyons, prends-moi pour confesseur ; Ne suis-je pas un peu la mère, un peu ta sœur? Tu ne peux pas avoir d'ennui qui ne soit nôtre. Tu n'aimes plus Julien.

Je n'en aime pas d'autre Ku moins.

ADRIENNE

Pauvre Julien I Que lui reprochcs-tu?

Ne te oonduit-il pas dans le chemin battu Et ne te fait-il pas la voiture assez douce Pour ne sentir jamais ni cahot ni isecousse?

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