ACTE I
GABRIBLLB.
Oh ! sans doute, il m'assure un train de vie égal
Et me donne en effet tout le bonheur légal...
C'est un homme d'esprit , sans contredit , un homme
Laborieux j loyal , noblement économe ;
Il est bon, il me traite avec grande douceur,
Et je serais heureuse à n'être que sa sœur...
Mais que m'importe encor cette paix de ma vie,
Si de quelque tendresse elle n'est pas suivie?
C'est bien sa faute, va, si mon cœur est changé I
Si tu pouvais savoir les mécomptes que j'ai ;
(lontre quels plats calculs, quelles vérités plates
Mes rêves ont heurté leurs ailes délicates ;
En quelle crudité de sentiments bourgeois
Se sont changés les doux entretiens d'autrefois !
Plus de projets à deux, de mutuelle extase !
Sa vie est un damier dont j'occupe une case.
Rien de plus. Je complète un état de maison
Et lui sers seulement à n'être plus garçon.
Est-ce là que devaient aboutir ses promesses
De transports éternels et de saintes tendresses,
Lorsque nous bâtissions un riant avenir
Dok;t je suis maintenant seule à me souvenir 1
ADRIBNNE.
N'accuse pas Julien, n'accuse que la vie De ton illusion si promptement ravie !
Va, c'est notre malheur à toutes d'ignorer Que de son rêve d'or nul ne peut s'emparer; Nous n'épuiserions pas en de vaines poursuites L'humble part de bonheur où nous sommes réduites Si quelque expérience eût su nous prévenir
16 GABRIBLLfi.
Que Tamour nous promet plus qu'il ne peut tenir. Mais noua croyons en lui ; notre foi nous abuse . C'est lui qui nous trahit , c'est l'amant qu'on aocuse< On en change, espérant qu'un autre accomplira L'idéal adoré dont le c^Bur s'enivra, Et l'amour, dont on presse encore le mystère, Nous laisse de nouveau la main pleine de terre. On reconnaît klors, on reconnaît trop tard , Qu'on était arrivée au but dès le départ.
Adrienne, &as-tu que ces tristes paroles
Pour soutenir les cœurs souffrants que tu consoles?
L'amitié de Julien, quoi ! tout l'amour est là !
Quoi ! je ne peux plus rien rencontrer au delà,
Et dois désespérer sur ce premier déboire î
Non î je ne te crois pas, je ne veux pas te croire!
Une vitre ternie a pu ternir le jour,
Mais je crois au soleil et je crois à l'amour !
ADRIENNE
Vraiment tu me fais peur. — Tais-toi ! le secrétaire De ton mari !
«AQRI^LLS.
A pari.
Monsieur Dariau? Que vient-il faire?