‹ Gabrielle: comédie en cinq actes, en versChapitre 4 sur 71 · ACTE I. S · texte numérisé non relu

ACTE I. S

Mais ce n*est pas ta faute, et le mal n'est pas grand. En somme, que cela te soit indifférent.

GABRIBLLE.

Mais avouez qu'aussi vous ne m'en parlez guères.

Que veux-ta? je t'ai vue à ces détails vulgaires Bâiller de si bon cœur, que j'ai fait le serment De ne t'induire plus en pareil bâillement.

aAftRlBLLB.

J'ai toujours eu l'esprit si rempli de paresse ! Mais j'avais tort. Il faut que cela m'intéresse , Puisque le seul travail que nos faibles cerveaux Puissent faire ici-bas , est d'aimer vos travaux , Et que nous ne comptons dans notre vie oisive Pour tout événement que ce qui vous arrive.

Entretenez-moi donc de tous vos intérêts , Et si je bâille un peu , j'écOute à cela près.

BUe te raartei.

JCLIBN.

Je la saisis au vol cette bonne pensée !

Elle va sur-le-champ être récompensée.

Il ■*Mii6d prAt d'ellA.

Sache que nous marchons , que nos roulons plutôt Sur le rude chemin dç fortune au grand trot : J'ai quinze mille francs chez Lassusse i dix mille Chez Blanche, hypothéqués sur sa maison de ville ; Ma réput^tiiui prend un rapide essor ; Un ministre — et celui de la justice ençor ) Sur le seul bruit que fait ma petite éloquence ^ D'un gixn» prooè$ qu'il a m'a donné h. défense ;

i GABRIELLE.

I^t cela met un homme en posture au Palaiâ , Tu comprends.

6ABBIBLLE.

Oui, très-bien.

Mes gains ne sont pas laidg.

Je fais, bon an mal an, vingt mille francs ; je gage Que j'en vais faire trente et même davantage. Or, nous en dépensons douze mille environ , N'est-ce pas?

GABRIELLB.

Oui.

JULIEN

Mettons quinze pour compte rond •• C'est au bout de dix ans , en bonne arithmétique , Cinquante mille écus pour notre fille unique... Mais , ma foi 1 si tout va de si belle façon , Nous pourrons nous donner le luxe d'un garçon ; Car je n'ai pas compté l'intérêt de la rente Qui se capitalise, et que chaque an augmente» Tu me suis?

GABRIELLE, distraite.

Oui, très-bien.

JULIEN

Au bout de nos dix ans Nous aurons de côté deux cent dix mille francs , Et si... Pantagruel répondit à Panurge :

« Quand lé printemps fleurit , il faut que je me purge. » Je vois que tu comprends mes calculs.

«ABRIBLLE.

Oui, très-bien.

Page 1