SCÈNE IL GABRIELLE, ADRIENNE
GABRIBLLE.
Quel secret as-tu donc?
ADRIENNE
Quel secret? je t'admire I C'est toi qui dois avoir quelque chose à me dire.
Et quoi donc ?
ADRIENNE
Presque rien. Par exemple , le md Que tu glissais tout bas à Stéphane tantôt.
Je ne sais.
ADRIENNE
Ai-je donc perdu ta confiance, Ou bien n'oses-tu plus m'ouvrir ta conscience ? J'en ai bien peur,
Jamais je ne t'ai rien caché.
ADRIENNE
Quand Stéphane tantôt de toi s'est rapproché, Vous avez échangé quelques mots à voix basse.
ACTB V. 93
GABRIELLB.
Ah! ouï, je m'en souviens... j'ai dit que j'étais lasse.
ADRIENNB.
Pas autre chose?
Non.
ADRIENNE
Voudrais-tu l'attester Par serment?
GABRIELLB.
Quel motif as- tu pour en douter?
ADRIENNE
Stéphane tout à coup a changé de langage Et s'est déclaré net contre le mariage, Pourquoi?
GABRIELLB.
Mais... je ne sais... tiens, je mens lâchement! Tout mon cœur se soulève en cet abaissement!
J'appartiens à Stéphane.
ADRIENIIB.
Ohl
0ABRIELLB.
Du moins de parole.
ADRIENNE
S'il est temps encor...
GABRIELLB.
Non, pas un i/jot, je suis folle, J'ai la fièvre. Tais-toi; le sort en est jeté: Je suis perdue enfin , voilà la vérité.
Il 6ABRIBLLB.
ADRIBNNB.
Si tu souffres avant la faute consommée, Pauvre enfant, que sera-ce après?
6ABRIELLE.
Je suis aimée l
ADRIBNNB.
Tu crois r^tre du moins. Elle le crut aussi , Celle dont ce matin je te parlais ici.
Elle se consolait avec cette pensée Des hontes dont sans cesse elle était oppressée; Car, vois-tu, le mensonge est un âpre tyran Qui ne relâche plus ceux qu'une fois il prend , Et le ciel juste a fait de ses ignominies Le secret châtiment des fautes impunies!
GABRIELLB.
Je le sais déjà.
ADRIBNNB.
Non; car si tu le savais, Tu n'irais pas plus loin dans ce chemin mauvais. C'est un mensonge aisé celui dont Tassurance Défend contre le monde une chère espérance:
Mais qu'il est douloureux et demande d'efforts Celui qui n'a plus rien à cacher qu'un remords! Va , tu le connaîtras un jour le dur supplice De tromper ton mari , maudissant ton complice; Et ce sera le jour où tu t'apercevras Que de sa passion le malheureux est las.
GABRIRLLE.
L'amant de ton amie était un misérable i- Voilà tout.