ACTE V
Car elle aura beau faire, elle ne fera pas
Qu'un autre ne l'ait point tenue entre ses bras !
Elle peut bien donner son honneur et sa vie g
Sa beaut<^, tout... honnis sa pureté ravie,
Hormis la foi jurée et le lit nuptial
Et Toubli d'un mari qui devient un rival.
Ce souvenir la souille ou du moins la profane...
MouTement de Oabrielle.
Si tu doutes, crois-en la pâleur de Stéphane.
Je saurai secouer ce triste souvenir.
Qu'importe le passé lorsque j'ai l'avenir?
JULIEN
Il n'est pas de bonheur hors des routes communes: Qui vit à travers champs ne trouve qu'infortunes. Oubliez l'avenir tout comme le passé ; L'avenir est perdu pour vous, pauvre insensé !
STÉPHANE
Tant mieux donc! L'avenir dont le monde nous flatte A la tranquillité d'une eau dormante et plate. Mieux vaut la pleine mer avec ses ouragans, Ses superbes fureurs, ses flots extravagants Qui vous font retomber du ciel jusqu'aux abîmes Pour vous lancer du gouffre à des hauteurs sublimes ! Les bonheurs négatifs sont faits pour les poltrons : Nous serons malheureux... mais du moins nous vivrons.
JULIEN
Voilà certe une belle et vive poésie.
Ten sais une pourtant plus saine et mieux choisie ,
Dont plus solidement un cœur d'homme est rempLé;
ff98 6ABRIELLE.
C'est le contentement du devoir accompli ,
C'est le travail aride et la nuit studieuse,
Tandis que la maison s'endort silencieuse,
Et qute pour rafraîchir son labeur échauffant
On a tout près de soi le sommeil d'un enfant.
(iaissons aux cerveaux creux ou bien aux égoïstes
Des désordres, au fond si vides et si tristes,
Ces amours sans lien et dont Timpiété
A régal d*un malheur craint la fécondité.
Mais, nous autres, soyons des pères — c'est-à-dire,
Mettons dans nos maisons, comme un chaste sourire.
Une compagne pure en tout et d'un tel prix
Qu'il soit bon d'en tirer les âmes de nos fils ,
Certains que d'une femme angélique et fidèle ,
Il ne peut rien sortir que de noble comme elle I
Voilà la dignité de la vie et son but !
Tout le reste n'est rien que prélude et début ;
Nous n'existons vraiment que par ces petits êtres
Qui dans tout notre cœur s'établissent en maîtres,
Qui prennent notre vie et ne s'en doutent pas
Et n*ont qu'à vivre heureux pour n'être point ingrats
Ah ! mon ami , voilà la seule route à suivre ,
La seule volupté dont rien ne désenivre 1
Vous l'avez sous la main et vous la rebutez
Pour courir les hasards et les calamités !
Réfléchissez encore.
Il est trop tard.
JULIEN
Non . ceru. , U n*08t jamsùfs trop tard pour refuser sa perte.