ACTE V
JULIEN
Oai, sans doute* Puisqu'elle ne peut plus tenir la bonne route»
— A-t-elle des enfants?
STéPHANB, hMiaBl.
Elle en a.
JULIEN
Je la plains..
Et je les plains aussi, ces pauvres oiphelins.
STÉPHANE
Ne les peut-elle pas emmener?
Et le père!!!
— Ah bah ! quelque crétin que rien ne désesp^e... Car il serait aimé s'il aimait ses enfants !
Aussi n'est'^^ pas lui que je plains et défends ; C'est vous, mon pauvre ami, c'est cette pauvre femmOr, Qui d'un monde inflexible osez braver le blâme , Sans soupçonner encor l'un ni l'autre, je crois, Dans quel bois épineux vous taillez votre croix , Et quelle solitude immense, infranchissable Il va se faire autour de votre amour coupable.
STÉPHANE
Est-ce une solitude où l'on est deux?
JULIEN
C'est pis, C'est un cachot où sont liés deux ennemis.
Car on sait trop comment ces unions boiteuses Se changent à la longue en des chaînes honteuses
Où les deux enchaînés, Tun à l'autre cruels , Se reprochent tout bas leurs regrets mutuels !
8TÉPHANB.
Je suis sûr de ne rien regretter.
lUblBIi.
Vous, peut-être; Mais elle I — Croyez-vous qu'à travers sa fenêtre Elle verra passer d'un œil bien aguerri La moindre paysanne au bras de son mari ?
Où que vous conduisiez son exil adultère , Vous la verrez baisser les regards et se taire Lorsque les bonnes gens se tenant par la main Sans ôter leur chapeau passeront leur chemin. Pauvre femme ! ses yeux errant dans l'étendue -, Comme pour y chercher la paix qu'elle a perdue j Tâchent de découvrir par delà l'horizon La place bienheureuse où fume sa maison , La maison où jadis elle entra pure et vierge... Tandis que derrière elle une chambre d'auberge Garde pour compagnon a ses mornes douleurs Un étranger pensif dont la vie est ailleurs !
STÉPHANE
Non ! dites un amant dont le sourire efface
Ce que ses yeux en pleurs demandent à l'espace.
JULIEN
A Oahrielle.
Croyez-vous donc... Crois-tu qu'il soit heureux l'amant t Non ; dans son amour même il trouve un cli/itiment : Plus il honorera sa maîtresse en épouso, Plus le tourmentera sa mémoire jalouse;