ACTE I
at
GABHIELLE.
Je n’ai paâ peur.
ADRIENNE
Tant pis. — Il est joli garçon.
Ce n’est pas mon avis.
ADRIENNE
Il a bonne façon.
Qui , lui , ma tante? — Il est très-commun, au contraire.
ADRIENNE
A-t-il de l’esprit?
Non... je ne sais... ordinaire.
ADRIENNE
Tu l’aimes.
Non. Pourquoi?
ADRIENNE
• Tu l’aimeras bientôt.
Alors. — Tiens, tu rougis.
Ne parle pas si haut.
ADRIENNE.'
Ma fille ! oui , c’est le mot, car je te parle en mère... Écarte de ton cœur cette folle chimère ;
Ne t’abandenne pas en aveugle au danger...
C’est ton mari qui t’aime et non cet étranger !
Tu n’es qu’un passe-temps pour l’un, si par miracle Tu ne lui deviens pas un péril , un obstacle ;
L’autre respecte en toi l’intime compagnon
Qui garde ses enfants, sa fortune et son nom ;
C’est le seul dont l’amour soit certain, car il t’aime Peut-être encore moins pour toi que pour lui-même ; Et selon ce beau mot que l’on a décrié.
C’est le seul qui te puisse appeler sa moitié.
Va, crois-moi , n’en fais pas la triste expérience.
Mais d’où te vient à toi cette amère science?
ADRlENNEf apr^s une pause.
D’une amie à laquelle il en a coûté cher.
Elle m’a raconté tout ce qu’elle a souffert :
Le mensonge assidu qu’un regard déconcerte, L’angoisse du bonheur, la faute découverte,
La douleur d’un époux par l’outrage ennobli ,
Un mépris accablant , un pardon sans oubli ,
Et l’éternel soupçon au nom de l’ancien crime... Avant d’aller plus loin regarde cet abîme 1 Quand je t’y vois ainsi pencher, mon cœur se fend... Crois-moi, n’abdique pas tes droits sur ton enfant !
Grâce au ciel , je suis loin encor de cette chute.
ADRIENNE
Ne t’aventure pas cependant à la lutte.
Je ne la cherche pas, ni Stéphane non plus ;
A nous fuir tous les deux nous sommes résolus. Aujourd’hui , par exemple, il pouvait à merveille Contre mon froid accueil faire la sourde oreille. Et tu vois cependant qu’au lieu d’en profiter 11 m’a lui-mrmo aidée à ne pas l’inviter.