‹ Gabrielle comedie en cinq actes et en versChapitre 18 sur 76 · TAMPONET, JULIEN, STÉPHANE, ADRIENNE, GABRIELLE · texte numérisé non relu

TAMPONET, JULIEN, STÉPHANE, ADRIENNE, GABRIELLE

JCLIEN, à Stéphane.

Les symptômes sont clairs, parbleu ! — Point d’appétit ; Une oreille distraite à tout ce qui se dit ;

Des façons de répondre en sursaut , comme un homme Que chaque question tire d’un demi-somme...

Oseriez-vous jurer, monsieur le ténébreux.

Que vous ne soyez pas gravement amoureux?

Je l’ose.

STÉPHANE

JULIEN

En rougissant.

TAMPONET, il part.

Il rougit! autre preuve.

ADRIENNE, assise sur le canapé aroe Gabrielie.

Et qui ne rougirait mis à pareille épreuve ?

JULIEN

Ne vous en plaignez pas : trois fois heureux l’amant Qui perd son appétit et rougit aisément.

TAMPONET, à part.

Il me fait frissonner.

JULIEN

Dieu sait, dans ma jeunesse, Tout ce qu’il m’a fallu d’éloquence et d’adresse Pour me justifier près de mainte beauté Du sauvage appétit dont j’étais affecté !

En vain je maudissais ma faim malencontreuse,

Il fallait dévorer devant mon amoureuse,

Et faire sous ses yeux, à mon corps défendant ,

Les grimaces qu’on fait à chaque coup de dent.

Simple homme ! Demandez à monsieur la recette Qu’emploient les amoureux pour se mettre à la diète Il suffit d’arriver à table tout repu.

STÉPHANE

Je ne vous savais pas, monsieur, si corrompu.

JULIEN

Ne vous y trompez pas : cet oncle vénérable Avant le mariage était un rusé diable ;

Il mangeait à huis-clos.

TAMPONET.

Il se moque de moi ,

Ma femme.

ADRIENNE

Oui , mon ami.

JULIEN

D’où vient cet air d’effroi , Mon oncle? Craignez-vous que ma tante ne penche, Apprenant vos exploits, à prendre sa revanche?

Page 1