ACTE IV
JULIEN
Mais ce n’est pas le cas d’appliquer la sentence,
Cher oncle, et mon honneur n’est pas atteint , je pense. Ma femme a moins d’amour encor cfue de vertu :
Je l’estime d’autant qu’elle a bien combattu.
Et la tiens en mon cœur pour une bravo femme.
Digne do mon respect et non pas de mon blâme. Quiconque en parlerait autrement a menti.
T AMPONET.
A p»rt.
A la bonne heure ! Il prend galamment son parti .
JULIEN,. aTcc effort.
Quant à monsieur Stéphane...
TAMPONET. '
Oui, parlons-en !
En somme,
Il a fait là dedans son métier de jeune homme.
Mais j’étais son ami 1 — Cependant je lui crois,
Malgré sa trahison, le cœur et l’esprit droits.
TAMPONET.
Lui? c’est, tranchons le mot, une franche canaille.
Il faut le renvoyer.
JULIEN
Non. Il faut qu’il s’en aille.
^ Il est très-élourdi , mais n’est pas vicieux.
Je lui rendrai ses torts à lui-même odieux.
Et je l’accablerai d’une amitié si vraie Que de sa trahison il faudra qu’il s’effraie.
TAMPONET.
Ce moyen est chanceux.
JULIEN
Non, non, il ne l’est pas.
A moins de s’avouer le dernier des pieds-plats.
On n’ose pas tromper l’homme qui se confie.
TAMPONET.
Mais enfin, s’il l’osait?
JULIEN
Alors je l’en défie.
Car Gabrielle, ouvrant les yeux avec dégoût , Remettrait dans son cœur mon image debout.
ADRIENNE
Lorsque la passion est réellement forte,
Il n’est digue ni mur que son courant n’emporte.
JULIEN
La leur n’est , grâce au ciel , encore qu’un ruisseau Qui va se diviser à l’entour d’un roseau. • Seulement n’allez pas leur dire. Je vous prie.
Que je suis averti de leur étourderie :
Cela gâterait tout.
ADRIENNE
Je m’en garderais bien.
TAMPONET.
Moi de même.
JULIEN
11 me faut un moment d’entretien Avec ma femme, ici. Seriez-vous assez bonne Pour me l’envoyer ?