‹ Gabrielle de ChênevertChapitre 12 sur 20 · MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS

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' K LA LIBRAIBIE NOUVELLE

ToM dfoiti léMni*

A quelle sauce n'a-Uon pas mis le petit Mortara? Français, Anglais, Allemands Juifs, méthodistes, presbytériens, congréganistes, anglicans, tous ont poussé des cris d'aigle dont l'Europe a retenti; mais le saint« père, qui n'a pas chaque matin la joie de gagner à rÉglise romaine l'âme d'un petit juif, a répondu : iVion poêsumus.

Voici qu'on met Taffaire en drame. De grftce, messieurs, modérez votre zèle. Plaidez sérieusement les causes sérieuses ; mais ne refaites pas le soir, au théâtre, les articles politiques qu'on a lus le matin dans le journal. Ne cherchez pas à convaincre un public aussi

convaincu que vous-mêmes, et, s'il vous faut une vic-

a D'HEURE EN HEURE.

lime, faites yenir en France^ rinquisiteur de Bologne et récitez-lai vos tirades sur Tamour maternel ; ou, mieux encore» appliquez-lui la peine du talion et remettez-le entre les mains du père Mortara, pour qu'il soit circoncis comme il a baptisé. La circoncision d'un inquisiteur vaut bien le baptême d'un juif.

Pour moi, je suis bien plus touché de la pétition si pathétique des corsetières de Lyon :

Manon pleure/Marion pleure, Marion yeut qu'on la marie,

et qu'on mette à l'amende ceux qui refusent de l'épouser. Marion n'a pas tort. N'est-pas une honte que de voir un amas de gens bien conformés, ni bossus, ni tortus, ni boiteux, ni manchots, promener effrontément leur célibat dans la rue, tandis que tant de corsetières vivent dans la plus humiliante solitude? D'an autre côté, si les plaignantes sont d'honnêtes fillw^ aases^ bien faites, laborieuses, économes et d'humeur doocet on peut s'étonner que messieurs les célibataires se fassent tirer l'oreille pour les mener à la mairie. Tous les ans, quand les préfets ont préleiré pour le seryice de l'empereur environ cent mille conscrits des plus beaux et des mieux faits, il reste pour les filles à marier près de trois cent mille gargons bien portants; c'est un joli denier» cela, sans compter les soldats qui reviennent dans leurs foyers, et qui pourraient faire encore des maris très*passables. Si tous ces gens^là ne

ly'REORË BN RBORB. 8

96 marient pas, est-ce leur faute on celle des faiseoses de corsets?

Parlons sérieusement, car il n'est guère en France de question plus sérieuse et plus triste. Le nombre des mariages diminue/ Le dernier recensement l'a prouvé jusqu'à l'évidence.

Pour la première fois depuis 1789^ la population est demeurée stationnalre, ce qui n'était pas arrivé même pendant les coupes sombres du grand Napoléon. Avec le célibat s'étend la prostitution, son alliée naturelle.

Où est le remède? Mettra-t-on une taxe sur les céll* bataires comme sur les chiens? Donnera*t-on une pension aux gens mariés?

Un Prussien, homme de sens, qui a beaucoup voyagé et beaucoup réfléchi, me disait un Jour : c Pendant soixante-dix ans, vos assemblées délibérantes ont pensé à tout, excepté à Tessentiel. Vous avez un million de lois sur les forêts, sur les canaux, sur les postes, sur Tannée, sur les gardes champêtres, sur les douanes, sur le sel, sur le tabac, sur la chasse, sur la pêche, sur la médecine, sur la pharmacie, sur les tontines, sur les loteries, sur les logements militaires; vous êtes le peuple le plus savamment organisé, administré, concentré, dirigé du monde entier. II ne vous manque qu'une chose, une seule, et c'est la clef de voûte de la société : je veux dire, de savoir élever les femmes. Sauf un petit nombre d'institutrices qu'on trouve à Paris et dans les grandes villes, l'éducation de vos filles, de vos femmes

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et de Yos sœurs est tout entière dans les mains des congrégations religieuses, qui s'appliquent avec le plus grand soin à étouffer dans leurs élèves le goût et le désir d'apprendre. Le premier péché d'Eve est d'avoir trop aimé la science. De là vient que votre nation va tantôt en avant, tantôt en arrière, comme un homme ivre qui cherche à retrouver l'équilibre.

— Mais, lui dis-je, étes*-vous plus heureux en Allemagne?

— En Prusse, oui. Nos femmes, élevées comnae nous, partagent nos goûts et nos études. Elles lisent Kant, Gœlhe, Schiller, Lessing, Wieland ; la philosophie et l'histoire ne leur font pas peur; elles aiment U musique, la vraie musique, celle de Haydn et de Mozart; elles savent le français et lisent Molière; elles se moquent du bonhomme Chrysale, qui tient

Qu'une femme eu sait toujours assez,

Quand la capacité de son esprit se hausse

A connaître un pourpoint d'arec un haot-de-cbausse.

Elles sont savantes, ce qui ne les empêche pas de faire à merveille le ménage et les confitures; elles ne baissent pas la soie et le velours, mais elles savent au besoin coudre et raccommoder les habits de leurs enfants ; et quand les maris reviennent à la maison, fatigués des affaires et n'aspirant qu'au repos, ils trouvent encoi^ avec qui causer et à qui demander un bon conseil. Quand les Françaises sauront tout ct^la, croyez- moi.

elles D'anrontplus besoin de dot, et les deux sexes s'en troayeront beaucoup mieux.

— Dieu vous entende! dis-je à mon Prussien.

A propos de filles sans dot, sayez-yous qu'on a trouvé dernièrement dans les rues de Paris une petite-fille de Racine qui n'a pour toute fortune que ce nom glorieux? Les Parisiens, qui payent si cher la voix éteinte de H. Mario et l'ut de poitrine de M. Tamberlick, ne doivent-ils rien à l'auteur i'Andromaque eià'Iphigénie^ Nous élevons des statues à Manin qui a défendu Venise; c'est fort bien^ car il faut honorer les grands citoyens de tous les temps et de tous les pays : ne feronsnous rien pour nos poètes?

Celte générosité, d'ailleurs, ne nous ruinera pas. Les grands poètes sont bien rares, ceux-là surtout dont une nation garde élernellement le souvenir. Voyez l'Académie, qui fut. Tan dernier, réduite à remplacer Alfred de Murset par M. de Laprade. La chute était-elle assez profonde I Cette année, c'est encore pis, la poésie fait place à la vile prose : M. Octave Feuillet frappe à la porte de Tlnstitut, M. Octave Feuillet que la Revue des DeuX'Mondes protège et que les dames ne peuvent lire sans pleurer; derrière lui s'avance d'un pas pressé le père LacorJaire, à qui M. Cousin^ le disciple d'Hegel, a promis son appui.

M. de Marcellus, que le public ne connaît pas, mais qui fut secrétaire d'ambassade et qui traduisit les Dionysiaques de Nonnos, se retire par respect pour la

$ O'HBURK BN HBUBE«

robe du dominicain. Plus loin, l'on voit M. Henri Har« tin, pour qui les druides n'ont pas de secrets. Il a péné^ tré dans la forêt d'Irminsul et coupé le gui sacré; il croit à la métempsycose, à la transmigration des âmes, au Yoyage à travers les planètes et les soleils ; il a sa distinguer et décrire la France du moyen âge à travers le brouillard des chroniques et des vieilles légendes* On ne le nommera pas. Ce n'est qu'un grand histo* rien : il serait déplacé parmi les ducs.

Le dernier est M. Jules Simon , un philosophe que les Belges feront pape à la première occasion. Ses livres, connus de toute l'Europe, ont eu jusqu'à cinq éditions, sans compter les traductions; ses discours, qu'on écoutait autrefois avec tant de recueillement à la Sorbonne, soulèvent aujourd'hui l'enthousiasme des buveurs de faro. Il a renversé un ministère en Belgique, et le roi Léopold l'a prié de ne pas faire tort à sa dynastie. Je ne crois pas qu'il ait plus de chances que M. Henri Martin.

En revanche, je parierais volontiers soit pour le père Lacordaire, qui a Tappui des panthéistes et des voltairiens, soit pour M. Camille Doucet, chef de lasec*tion des théâtres, qui est trés-aimable, qui platt à tous, qui ne gône personne, et qui a écrit c plusieurs pièces suffisamment pourvues d'intrigue et d'esprit^i comme dit H. Vapereau dans son Dictionnaire des Contemporains.

Voili les nouvelles de l'Académie.

D'HEUHE EN IBUBB. T

Vous soavenez-Tous des Reisebîlder et de ce bon tambour Legrand, qui disait tant de choses arec si caisse : Austerlitz, Wagram, Sainte-Hélène, sans OQinp* ter l'entrée de Brunswick en Champagne? C'est le chef-d'œuTre d'Henri Heine. Lisez-moi, je tous prie, œs vingt lignes que j'emprunte au Magasin de Utrairiê, et dites^moi si vous n'entendez pas retentir un écho des roulements du tambour Legrand^ Lisez d'à* bord. Plus tard, je vous nommerai l'auteur.

Il s'agit des anciens et des nonveamxalmanachs et de leurs gravures:

«... L^almanach du vieux temps avait rentrée à Bruxelles. Que n'a-t-il eu aussi l'entrée à Milan? Elle est là^ devant moi, splendide, et l'humble gravure sur bois me ramène, sans que j'y songe, de huit mois en arrière vers ce moment unique.

c ... Le sang coulait au pas de charge dans les veines. LescÔBurs battaient à l'unisson des tambours; ils volaient sur les pas de ces hommes forts qui allaient combattre et mourir pour une cause juste... Soldats de Giulayt vous deviez être vaincus I

c Heureux donc Talmanach de 1860, de posséder une si belle page I mais esl*il vrai qu'il ait le droit de mortifier l'almanach du temps jadis ? Je réclame tout doucement pour celui-ci. Je puis assurer qu'il n'a jamais été en peine d'un haut fait. De mémoire d'enfant> la gravure glorieuse ne lui a manqué une seule année. Ne me rappelé-je pas fort bien, quoi qu'on dise, qu'il

t D*HBnRE EN HEURE.

âTait déjà ses zonaves, et qu'on les voyait immobiles et superbes sur la brèche de Constantine, pendant que de toutes parts autour d'eux la. terre minée s'entr'ouyrait pour Tomir la flamme et le fer? M'ôtera-t-on de devant les yeux la barbe flamboyante des sapeurs du 66*, tandis que, dans la nuit obscure, ils brisaient à coups de hache les portes d'AncAne, pour offrir, le lendemain, à l'aube, à notre saint-père le pape, la délicieuse surprise' d'un régiment français, là où le moindre bout de baïonnette autrichienne eût été bien mieux son affaire? Vous dites^ monsieur l'almanach d'à-présent, que c'était alors le règne exclusif des chanteurs de romances et des danseuses. Est-ce par hasard en entendant soupirer Pleuve du Tage que j'ai appris l'existence du Tage? Ne serait-ce pas plutôt par la grande image y de l'almanach de 1833, où l'on suivait de l'œil, à travers une fumée triomphale, les vaisseaux de l'amiral Roussin? ITài-je pas confondu plus d'une fois, brouillant ensemble ma leçon d'histoire ancienne et les portraits de mon almanach, le nom du sergent de Béni- Mered avec celui de Léonidas ? Du plus loin qu'il me souvienne, ne trouvé-je pas Anvers pour la première visite que m'a faite le Messager boiteux? Etait-ce donc si mal commencer? t

Je suis fâché de ne pouvoir citer tout l'article; j'y renvoie le lecteur. Cette fantaisie, tantôt éloquente et enthousiaste, tantôt mélancolique, est l'œuvre de H. J. J. Weiss, l'un des critiques les plus délicats et les pins

pénétrants de la génération présente. Avant pen de temps on le verra donner la main à M. Taine et à M. Montégut, et tous, tant que nous sommes, faiseurs de romans, de drames, historiens, philosophes et barbouilleurs de papier, nous serons passés au Ql de leurs plumes.

Hélas i H. Yacherot voudrait bien, lui, n'avoir affaire qu'aux critiques^ mais il est tombé aux mains de la justice, à ces mains terribles qui lâchent rarement leur proie. M. Yacherot, qui a dirigé pendant quinze ans l'Ecole normale, est Thomme Je plus doux, le plus savant, le plus honnête et le plus pacifique qu'on puisse imaginer. Tous ses anciens élèves, dans l'Université et au dehors, ne se souviennent de lui qu'avec respect et avec affection. Malheureusement, il est philosophe et un peu entêté de ses opinions; il a fait l'histoire de l'Ecole d'Alexandrie, qui est un chef-d'œuvre au dire des gens du métier. En 18550, ce chef-d'œuvre lui coula sa place. M. l'abbé Gratry, chargé d'évangéliser TEcole normale, ne crut pas devoir souffrir plus longtemps un libre penseur et un mécréant tel que lui. L'année suivante, pour refus de serment, M. Yacherot fut rayé des cadres de l'Université..

Ces deux aventures auraient dû le rendre sage et le remettre dans les voies de la saine philosophie, celle que professe M. Jourdain, chef de division de la comptabilité générale au ministère de l'instruction publique.

Mais quoi I M. Yacherot ne peut rester tranquille. Il

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croit que la principale coosolàtion de ceux qui ue sont pas fonctionnaires est de publipr librement leurs opi** nions, et il a écrit la Démocratie. Voili pourquoi Tod ▼eut le mener en prison» Ehl messieurs las magistrats, de grAce, soyes indulgents : ne Yoyez«yous pas qu'il est philosophe, et qu'on peut le mener au martyre sans lui faire supprimer une ligne de son livre? J^ suppose qu'il ait péché contre la loi, la société en sera-IrcUe ébranlée? Combien croyeZ'Vous qu'un ouvrage de philosophie ait de lecteurs en France? trois ou quatre cents tout au plus. Et quels lecteurs! des gens absorbés dans leurs pensées, qui ne songent ni à se battre, ni à gouverner, ni même à regarder si on les gouverne» des gens qui ont pris Gœthe pour modèle, et qui des bautours sereines de la philosophie regardent avec l'impassibilité des dieux immortels les nations et les armées se battre et se bousculer dans la plaine. Croyez-moi : renvoyez M. Yacherot à ses livres et à ses études. Laissez-le sonder les mystères de l'être et du non-étre, du moi et du non-moi« de l'innéité et de Teccëité, du temps et de l'espace; laissez-le commenter Procluset Jamblique^ Aristote et saint Anselme, Reid et Dugald- Stewart : ce n'est pas là qu'est le danger, s'il y a danger.

Avez-vous lu, il y a dix ans, l'histoire du docteur Achilli, autrefois dominicain à Rome, aujourd'hui protestant ? C'était un bien brave homme de moine, qui s'ennuya un jour de son couvent, et se mit^ je ne

D'HBURB IN HBURB. Il

sais pourquoi, à lire la Bible et à se marier en Angleterre. Les sociétés bibliques de Londres, justement fléres de la conversion d'un dominicain, renvoyèrent prêcher le calvinisme en Italie; c'est là que Tinquisition, rentrée au Capitole à la suite des Français, le fit saisir, et tout d'abord le mit au cachot en attendant mieux. On le cita devant un tribunal ecclésiastique; déjà il touchait à Vinpace lorsqu'un officier français le prit sous sa protection, et feignant de le mener devant ses juges, le fit évader par Civita-Vecchia. Dcpuii lors» oublié de tous, il vivait tranquillement en Angleterre, lorsque son mauvais destin l'a conduit chez M. Justus Smitb, hôtelier à New-York* Ayant perdu sa première femme, 11 menait avec lui son fils et sa gouvernantet miss Bogue. Au bout de quelque temps» la gouvernante est accouchée d'une fille» et M. Smith» justement indigné» a demandé une indemnité au docteur Acbilli; car» dit l'hôtelier, la fornication est défendue^ et si vous violez la loi divine, vous me scandalisez et vous me devez une indemnité I

Achilli, menacé des tribunaux de New- York et d'une amende (la loi américaine n'entend pas raillerie sur le chapitre des mœurs), a épousé sa gouvernante et sauvé la morale. C'est bien fait» et le nouveau monde est» i mon avis, bien plus sage que l'ancien. Si le corps législatif faisait une loi pareille, les corsetiôrei n'auraient pas besoin de pétitionner.

Il D'HBURB BN HEURE.

Les Anglais sont rayis de joie. Pour cette fois, tout le monde est d'accord, lord Palmerston et M. Cobden, M. Gladstone«et M. Disraeli, les tories et les radicaux, les lords qui ne Tont qu'à cheval et les pauvres diables qui pataugent toute l'année dans la boue de Londres ; tous conviennent que Napoléon III est le plus grand souverain qu'ait eu la France.

Un enthousiasme si unanime est tout à fait nouveau, car il est rare de contenter tout le monde. Cependant, je crois ces gens-là trés-sincéres. Comment ne le seraient-ils pas? Ils vont vendre leur fer, leur sucre, leur bouille, leur laine, leur cotonnade, mille choses dont les magasins sont encombrés ; ils vont boire du vin tout leur soûl. Il y a bien là de quoi se réjouir. Aussi M. Bright se frotte les mains et crie de toutes ses forces aux électeurs de Birmingham : Napoléon thê third for overl Un seul nuage assombrit l'azur de ce beau cieU e'est la tristesse de H. Burat et des manufacturiers mil* lionnaires de Lille et de Rouen.

H. Burat, ci-devant rédacteur du ConitiMUmnel^

OHBURB EN HEURE. it

est si bon patriote et si zélé pour l'intérêt de ces pan- Tres millionnaires, qu'il a juré de se moucher dans ses doigts plutôt que d'acheter un mouchoir anglais; et il tiendra son serment. Le mouchoir de Rouen coûte plus cher que le mouchoir de Manchester; mais c'est un mouchoir patriotique, et il est bien doux, quand on se mouche, de penser qu'on encourage le travail national, et non pas la perfidie d'Albion. La France et les douaniers avant tout !

Un partisan du libre-échange, pour consoler M. Burat de Vinvarion des marchandises anglaises, lui promet que les Anglais achèteront et boiront notre vin. J'espère, moi, que les Anglais n'en feront rien. Si le peuple français, qui mange déjà trop peu de viande, cède encore sa part de vin à ses voisins, la race gauloise, l'élite du monde, est^ perdue. Le vin, c'est la force, c'est la joie, c'est l'ardeur, c'est le sang généreux qui coule dans.Ies veines de la nation, c'est Jemmapes, Austerlitz, Magenta. Plus de vin, plus de génie. La bière achèvera Tœuvre du tabac, et la France, hébétée en vingt ans, deviendra Chine. Que les économistes et autres aligneurs de chiffres y prennent garde. Ne quittons pas la proie pour l'ombre, et nos bons vins de France pour des sacs d'écus dont nous n'avons pas besoin.

MaiS5 dit quelqu'un, comment empècherez-vous les Anglais de boire votre vin ? Rien n'est plus simple. S'ils sappnment les droits d'importation, créez des droits

U D'BKURB EN HEURE.

d'exportatioa. S'ils veulent boire à toute force, ils paye* ront un impôt au trésor de France, ce qui est beaucoup plus juste et plus utile que de nous le faire payer à nous-^mômes* Par la, vous pourrez supprimer les omtributions indirectes, nous boirons du vin à bon marché, et le Trésor' public n'y perdra pas un centime. Quod erat deman$trandum.

Cette question est si grare qu'elle tient toute la France en suspens. D'un côté, Bordeaux, Marseille, Nantes cl le Havre illuminent en l'honneur du libreéchange; de l'autre, Rouen, Lille et Mulhouse ver» sent des torrents de larmes, et personne ne remarque que M. Buioz, qui n'est encore, à parler franchement qu'un pur Savoyard (ou Savoisien, si vous aimez ce barbarisme), sera bientôt élevé i la dignité de citoyen français par l'annexion de Nice et de Chambéry. Je m'en réjouis pour M. fiuloz et pour la France.

Entre nous, je suis bien aise qu'on reporte la frontière au mont Blanc. La chaîne des Alpes a meilleure grâce qu'un piquet de douaniers, si jolis que soient les douanieis. De plus, j'espère qu'on interdira le séjour de Ghamounlx aux Anglais. La vue de ces insupportables touristes gftte le spectacle du mont Blanc. Trente ou quarante Anglais qui sont debout et q&i causent^ me font reffet d'une forôt de pins agitée par le vent, ce qui porte l'âme à la mélancolie.

Vous entendez de reste qu'on ne les chassera pas de Gbamounix pour les laisser k Nice. Napoléon l'a dit :

c La Méditerranée doit être un lac français, t Croyons en ce grand homme, et renyoyons-Ies dans leur fie, loin da doux pays où fleurit l'oranger. Il leur restera encore l'Italie, >*%ypte, Tlnde, TOcéanie, rAmérique et l'admiration de M.Forgues (Old-Nick).

Le vent est aux annexions. De tous côtés Ton s'ar-* range^ on cherche h s'établir, i s'accommoder de quelque coin de terre oublié, à exproprier le voisin ponr cause d'utilité publique ou particulière. La yie du genre humain n'est qu'une suite d'annexions. Cyrus annexe l'Asie à la Perse; Alexandre, la Perse à la Macédoine; César, la Gauleà Tltalie; Charlemagne, l'Italie à la Gaule; Napoléon veut ann'exer l'Europe, et. l'Europe l'annexe lui-même à Sainte-Hélène. C'est partout et toujours la même histoire, mêlée de beaucoup de batailles, d'hommes massacrés, de femmes éventrées, d'enfants écrasés contre la muraille, de villes brûlées et de conquérants couverts de gloire. Quand on a fini, l'on recommence.

Heureux les Parmesans I Leur annexion n'aura coûté la vie à personne, et ils conjugueront tout à leur aise le beau verbe : Je suis, tu es, il est Italien. Ils peuvent maintenant payer l'impôt et présenter les armes à qui bon leur semble, ce qui est le privilège principal et la marque distinctive des peuples libres; et ils ont choisi le roi de Sardaigne. Rien ne marque mieux que cette annexion volontaire combien l'Italie veut être unie et libre, et combien Victor-Emmanuel est populaire en

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Italie; car l'bisloire des Parmesans ne ressemble en

rien à celle des Modenais oq des Romagnols.

La duchesse de Parme était le souverain le plus doux peut-être^ le plus équitable et le plus économe qui fût en Europe. Ceux qui l'ont renvoyée, et avec juste raison, puisque, malgré ses vertus, elle était un obstacle à Tunité de Tltalie, n'ont pu lui reprocher ni un acte de cruauté, ni un abus de pouvoir. On le sait aujourd'hui, car rien ne les empêche de puiser dans les archives de Parme et de suivre le très-légitime exemple des Modenais. La duchesse avait reçu de son mari Théritage d'une garnison autrichienne : triste héritage^ qu'elle s'est hâtée' de répudier. Longtemps avant la dernière guerre, les Autrichiens avaient quitté Parme, et si la duchesse n'a pu joindre sa petite armée aux libérateurs de l'Italie, iJ est peimis de croire qu'à Magenta, f/omme à Solferino, ses vœux ont été ceux que devait former une Française, exilée, mais Française encore, et de la plus noble race qui ait jamais régné en Europe.

Les rois légitimes s'en vont : il faut en prendre son parti. M. de Riancey, qui vient plaider de nouveau la cause de madame la ducheue de Parme devant l'Europe S sait bien d'avahce qu'il a perdu son procès. L'Italie veut être unie et le sera, quoi qu'il arrive ; les vertus d'une femme ne peuvent empêcher l'arrêt do

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