‹ Gabrielle de ChênevertChapitre 13 sur 20 · Chei Deniu, Palaii-Royal, galerie d'Orléans · texte numérisé non relu

Chei Deniu, Palaii-Royal, galerie d'Orléans

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destin; Yictor-Emmanuel vent annexer l'Italie au Piémont, et il l'annexera, cela n'est pas douteux; mais l'Italie est un bien gros morceau et bien difficile à digérer : en pareil cas, le plus annexé des deux n'est pas celui qu'on pense.

A parler franchement, je n'envie pas le sort du roi de Sardaigne. II rient de s'établir dans ses futurs États an usage trés-désagréable, c'est de jeter des bombes sur le passage des dames qui Yont au bal. On l'a vu' l'autre jour à Florence dans le jardin de H. Buoncompagni. En vérité, cela n'est pas bien. Si vous voulez faire des expériences avec les bombes fulminantes^ alle& plus loin; si vons aimez les Autrichiens et le grand-duc de Toscane Ferdinand lY , mettez- vous en ligne, baïonnette au bout du fusil^ et piquez H. Ricasoli et tous les amis du Piémont, rien n^est plus naturel ; mais, au nom du ciel, ne recommencez pas la triste histoire d'Orsini ; TOUS avez des journaux, vous avez des armes, parlez ou combattez, mais n'assassinez pas.

Laissons ce triste sujet. Âvez-vous lu le dernier cha-^ pitre de M. Ernest Renan sur l'avenir de la métaphysique? Je ne sais, mais il me semble que cela doit être gai et gaillard. Voyons un peu.

Article premier. — « Depuis trente ans il n'y a plus ^ de métaphysique.

< Hegel est mort, laissant son héritage à ses disciples, qui semblent vouloir écarteler leur maître et traîner ses membres aux quatre vents du ciel. Schelling se survit

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à ]ai-môme« proineUant sans casée une noarelle philosophie, et, quand il veut tenir ses promesses, n'aboutissant qu'à (les répétitions impuissantes, où se trahis* sent plus que jamais les côtés faibles de sa nature, plus poétique que screntifique. »

Très-bien. Il n'y a plus de métaphysique.

f Les vrais philosophes se sont faits philologues^ chimistes^ physiologistes, tout ce qu'on youdra : on a cessé de regarder l'âme individuelle comme un objet direct de science positive. >

Article second. ^ c L'enseignement philosophique ne vaut rien. Une science des sciences qui rendrait les autres inutiles, serait le tombeau de l'esprit humain, et aurait les mêmes conséquences qu'une révélation; en nous donnant le dogme absolu, elle couperait court k tout mouvement de l'esprit, à toute recherche. L'ennui du ciel des scolastiques serait à peine comparable k celui des contemplateurs oisifs d'une vérité $an$ nuance^ qui, n'étant pas trouvée, ne serait pas aimée, et à laquelle chacun n'aurait pas le droit de donner le cachet de son individualités »

Que veut dire ceci: M. Renan n'aime pas la vérité sans nuance? Il passe d étranges idées dans la tête des métaphysiciens. Qu'est-ce qu'une vérité nuancée, grand Dieul

Article troisième. — c II n'est rien de plus beau que Véruditian.

f Les littératures les plus étrangères a notre goût.

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cellttqui tramporteot le plu8 loin de VéUi actuel sont précisément l6s plus importanteg. Cuvier aurait pu dis* séquer toute sa via des animaux domestiques sanssoup^ (ooner les hauts problèmes que lui ont révélés les moN lusques et les annéiides. La plus iiumble des littéralure$ en apprend plus sur l'histoire de l'esprit humain que rétude des chefs-d'œuvre des littératures modernes... »

Tout cela est effrayant. On croit entendre le grand prêtre de la pagode de Jaggernaut qui s'écrie ; < La vé« rite vient des brahmes et ne doit être communiquée qu^aux brahmes. > Heureusement, on s'aperçoit, en lisant la dernière partie du travail de M. Renan, qu'il a oublié de conclure.

Cet oubli me console. M. Renan méprise trente-six millions de Français qui ne savent pas l'hébreu, et qui ne sont ni orientalistes, ni hellénistes, ni épigraphistes, ni philologues; il pense en son for intérieur, et il dit quelquefois en public, que chacun de nous a le dieu qu'il mérite, et que le dieu des Papous est un dieu de province, très-inférieur à celui des membres de l'Institut. Je l'accorde ; mais à quoi bon tant de science si vous n'en êtes que plus incertain du but de cette vie et des moyens d'y ariver?

Ceci n'empêche pas queltf. Renan ne soit Tune des plas hautes intelligences du temps présent; mais comment se fait^il que toutes les recherches de ces dix der<- Diëres années aboutissent forcément, presque en tout genre, à la négation et au néant? Sommes-nous déjà

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en pleine décadence? n'avons-nous plus foi à rien? le ver rongeur, comme dit M. Tabbé Gaume, esl-il dans le fruit? est-ce la force qui nous manque, ou la sincérité, ou le génie, ou la faculté de parler librement comme autrefois?

A défaut d'événements plus importants, nous avons des querelles particulières. Le métier de journaliste est devenu plus dangereux que celui de soldat. Il faut à tout moment t|rer Tépée. L'autre jour, M. About s'avise de faire l'éloge d'une méthode musicale et de l'inventeur de la méthode. M. About n'est pas prodigue d'éloges, et l'on pouvait bien lui pardonner celui-ci. Point du tout. Un musicien du parti opposé se trouve offensé, je ne sais pourquoi, qu'on ait loué M. Ghevè, et attaque M. About avec une rare véhémence. H. Aboui, étonné, réplique à son tour et ne ménage pas trop les termes. Bref, on s'est battu, et- M. About a été blessé d'un coup d'épée. Le public a été bien étonné d'apprendre qu'il fût si dangereux d'approuver la méthode Chevé. Quand donc cessera -t-on de s'égorger?

Israël est bien vengé, et M. Hortara aussi. Le public se précipite à la Porte-Saint-Marlin, et M. Victor Séjour écrit une préface éloquente dans laquelle il demande qu'on fasse c pivoter > je ne sais qui sur je ne sais quel, et que le pape ne soit pas c l'avant-garde d'une cruauté. » Ce n'est pas très-clair, mais l'intention est bonne.

Espérons qu'on rendra le petit Mortara à sa famille

D'HEURE Elf HEURE. Il

el qu'on Atera de TafiBcbe la Tireuse de cartes. En vérité, ce drame si honnête est plus agaçant pour les gens nenreux que ceux mêmes de M. d'Ennery,

Tout est grand dans les grands peuples : Tannée, la marine , la dette publique et le buget. A ce titre la France et l'Angleterre sont les deux plus grandes nations qui aient jamais paru. On ne sait à qui des deux décerner le prix. Nous avons cinq cent mille hommes sous les armes, mais l'Angleterre a cent mille matelots sur ses vaisseaux de guerre; nous blindons nos frégates, mais les Anglais fortifient Plymouth et Portsmouth; nous inventons des canons rayés; ils fondent (les canons Amrstrong, et, ce qui est plus fort, des canons Witworth ; nos zouaves ont la carabine Minié, et leurs miliciens la carabine Ënfield ; nous dépensons plus de cinq cents millions pour garder nos frontières que l'Europe coalisée oserait à peine attaquer, et l'Angleterre dépense plus de sept cents millions pour défendre les siennes qu'entoure la mer : des deux côtés de la Manche, on n'est point avare quand il s'agit de payer l'armée, et pour ne parler que des Anglais, la

n B'REUHE 8N flBURE.

gloire d'Arthnr Wellesley, duc de Wellington, enseYell h Westminster parmi cinq races de rois , coûte à sa patrie six cents millions par an, rente d'un capital de seize milliards dont TAnglelerre ne reverra jamais le premier shilling.

Vous rappelez-vous le mot de Gobbett? C'était an pauvre diable de démocrate, un ours mal léché, un porc-épic, un homme sans respect pour Tautorité des ministres, et qui se souciait de la maison de Hanovre aussi peu que des trois cents dynasties qui ont régné en Chine. Il avait été sergent^ et il avait reçu des coups de fouet, ce qui explique sa mauvaise humeur. Un Jour donc, cet homme mal élevé, ce manant , ce malotru disait à ses amis : < Castlereagh nous parle toujours de l'armée du roi, de la marine du roi^ des ministres du roi, des ambassadeurs du roj, des juges du roi , c'est très-bien ; mais pourquoi ne parle-t-il jamais de la dette du roi? Est-ce que cette dette n'est pas à lui plus qu'à TAngletcrre? i Et II ajouta dans son style : t Quand vous voyez venir ce héros et ce grand ministre. Wellington et Castlereagh, amis, prenez garde à vos poches f {Friends, mind your pockets f) »

Les temps sont bien changés depuis Gobbett et Castlereagh. Aujourd'hui le peuple anglais veille sur ses poches, et ne donne plus son argent qu^à bon escient. Joseph Hume, le gros Écossais au poil roux qui déplaisait tant à George IV, et aux lords, et aut évéques et à tout ce qui vit du buget, a laissé deux terribles succès-

D'REtïRË BIf RBOAC. S8

senrs ! un quaker qne rien ne pent satisfaire, John Brighi, représentant de Birmingham^ et Richard Cobden, l'homme de Manchester i qui les ouvriers anglais doivent de manger du pain tous les jours et de ne pas manquer de chemises. Quand lord Palmerston on quelque autre invoque la vieille Angleterre, Ghatam, PiU el Nelson, ces grands hommes des anciens figes, le quaker se lève et étend le bras : « Arrêtez, mes amis, et prenez garde à vos poches I On va vous de* mander de l'argent pour la Chine ou pour l'Inde, ou potir Ceylan, ou pour Gibraltar, ou pour Véquilibre européen : mind your pockets t »

Ce cri, qui n'a rien de sublime, a sauvé l'Angleterre. Les boutiquiers, trop rares en tous pays, envahissent peu à peu la chambre des communes et vont se ranger sous la bannière du quaker: bannière étincelante, bannière admirable où se lisent ces mots magiques, qui font battre tous les cœurs :

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