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Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historique

Ce n'est pas une mince prétention, je le reconnais, que (le vouloir faire admettre dans la pléiade desécrivainsd'une époque aussi féconde en grands génies que le siècle de Louis XIV, une femme dont le nom, célèbre tant qu'elle vécut, est tombé depuis, par des circonstances diverses, dans un oubli à peu près complet. C'est pourtant ce que je viens essayer à l'égard de Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, abbesse de Fontevrault. Cette prétention est-elle exagérée? Le lecteur prononcera. Qu'il me soit permis de dire pourtant que, de Taveu de tous ceux qui l'ont connue, la sœur cadette de madame de Montespan était

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douée de véritables qualités littéraires; on parlait de ses lettres au temps même où madame de Sévigné devenait illustre et classique en se jouant; on s'extasiait à ses conférences et à ses sermons; on allait en foule à ses discours de veture ou depi^ofession; on s'entretenait des ouvrages d'esprit, de morale ou de piété auxquels elle consacrait ses rares loisirs. Amie de mesdames de Sablé et de La Fayette, de Daniel Huet, de Segrais, du Père Rapin, de Racine, elle partageait leur admiration pour les chefs-d'œuvre de l'antiquité et des temps modernes ; elle avait aussi leurs goûts et leurs instincts. Ce qui nelui permit pas de s'y livrer comme eux, ce fut, outre le sentiment étroit du devoir et la nécessité de donner presque tout son temps à la grande abbaye qu'elle administrait, sa modestie excessive. Bien différente de ceux qui croiraient tout perdu si une ligne sortie de leur plume manquait à la postérité, elle mettait un soin particulier à dérober ses productions au public. Un jour, elle apprend que madame de Sablé a eu par hasard connaissance de quelques pages sur la Politesse, et elle s'en excuse, toute honteuse en quelque sorte qu'une pareille bagatelle lui soit parvenue. On a, il est vrai, publié sous son nom la traduction d'un fragment du Banquet de Platon ;

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mais, d'une part, cette traduction semble (on trouvera nos raisons à l'Appendice) une œu re apocryphe; d'autre part, en admettant qu'elle en soit l'auteur, la publication n'eut lieu que vingt-huit ans après sa mort, par une indiscrétion de l'abbé d'Olivet.

On dirait, en un mot, qu'une des principales préoccupations de l'abbesse de Fontevrault fut, tout en aimant passionnément les lettres, de fuir la gloire littéraire qui semblait vouloir, malgré elle, s'attachera son nom.

Ne m'accusera-t-on pas, sur ce préambule, de m'étre pris de passion pour une précieuse de couvent, dont les titres, justement ignorés, n'ont eu que la fortune qu'ils méritaient? Pour éviter ce reproche, je crois devoir tout d'abord abriter mon iq)I>réciation derrière celle de quelques contemporains, dont un, le plus célèbre, a fait de l'abbesse de Fontevrault un éloge d'autant plus significatif que sa plume n'est guère prodigue de louanges. On comprend qu'il s'agit de Saint- Simon. Je donne à la suite quelques pages d'un ancien ami, coreligionnaire et collaborateur de Bayle, converti depuis au catholicisme, Daniel de Larroque, dont le goût et le caractère étaient également estimés. Je termine ces citations par

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un curieux article, sans nom d'auteur, imblic dans le Journal de Trévoux, à l'occasion de la mort de l'abbesse. Le jugement des contcmprains est rarement définitif en touleschoses; encore méritent-ils d'être entendus, alors surtout que, par l'incurie des familles, de précieux manuscrits et des correspondances du plus grand intérêt au point de vue historique et littéraire, ont probablement été détruits, cl, dans tous les cas, n'ont pas encore vu le jour'.

EXTRAIT DES NOTES DU JOURNAL DE DANGEAU ET DES ,MÈM01UES DE SAINT-SIMON SUR L'ADRESSE DE FONTEVRAULT *

« 18 août 170i. — Celte al)besse de Fontevraultavoit plus d'esprit qu'aucun de sa famille, ce qui étoil beaucoup dire, et le même tour qu'elle, et plus de beauté que madame de Montespan. Elle savoit beaucoup, et même de la théologie. !>ou pèrel'avoit coffrée fort jeune, avec peu de vocation; elle avoil faitde nécessité vertu, ctdevi.U une bonne religieuse et une meilleure abbesse, et adorée autant que vénérée dans tout l'Ordre dont elle étoitle chef. KUeavoit un esprit de gouvei-

. l/abbessedeFontevrauU était notamment en commerce suivi avec madame de La Fayette, qui lui mandait les nouvelles de I^» '^«J .^«^ leUres ont-elles été conservées? que sont-elles devenues / On serait s.

''" oTsalt ï^lS'Mémoires de Saint-Simon ne sont en général que le dévebprement des annoUtions qu'il avait faites sur une.cop.e du J,»r«« de Dangeau. La comparaison des notes et des memoues monlreia en même temps le procédé de composition de Saint-Simon.

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nomonl singulier , qui se jouoit du sien , et qui auroit embrassé avec succès les plus grandes affaires. Elle en avoiteu qui l'avoienl attirée à Paris dans le temps du plus grand régne de sa sœur, qui Taimoit et la considéroit fort, et qui la fit'venir à la cour où elle fit divers voyages et de longs séjours, etc'étoit un contraste assez rare de voir une abbesse dans les parties secrètes du roi et de sa maîtresse. Il goûtoit fort celte abbesse, à qui tout ce qu'il y avoit de plus élevé en place, en rang, en crédit, faisoit la cour, et qui conse^^a presque une égale considération après l'éloignement de sa sœur. Sa nièce, qui lui succéda tout aussitôt par ces raisons, et qui étoit religieuse à Fontevrault, auroit paru une merveille, si elle n'avoit succédé à une tante si extraordinaire *. »

« 1704. — La mort de l'abbesse de Fontevrault, dans un âge encore assez peu avancé, arrivée dans ce temps-ci, mérite d'être remarquée; elle étoit fille du premier duc de Mortemart, et sœur du ducdeVivonne, de madame de Thianges et de madame de Montespan; elle avoit encore plus de beauté que cette dernière, et ce qui n'est pas moins dire, plus d'esprit qu'eux tous avec ce même tour, que nul autre n'a attrapé

* Journal, t. X, p. 99. — Saint-Simon a dit encore, en termes un peii différents, dans les îsoles du Journal de Dangeau du 13 août 1715, à propos de Louis XIV :

« Madame de Fontevrault étoit celle des trois sœurs qui avoit le plus «l'esprit; c'étoit peut-être aussi la plus belle; elle y joignoit un savoir rare et fort étendu. Elle possédoit les langues savantes, savoit bien la théologie et les Pères étoit versée dans l'Écriture, excelloit en tout f^ronre d'écrire, et parloit à enlever quand elle tr;»itoit quelque matière. Elle avoit un don lout particulier pour le gouvernement et pour se faire adorer de tout son Ordre, en le tenant toutefois dans la plus exacte régularité. La sieime étoit pareille dans son abbaye. Ses séjoui^ à la cour, où elle ne sortoit pas de chez ses sœurs, ne donnèrent d'atteinte à sa réputation que pour l'étrange singularité de venir pMtifer une faveur de cette nature, et si la bienséance eût pu y être aussi, il se pouvoit dire que, dans celte cour môme, elle ne s'en seroit jamais écartée. » [Journal, t. XVI, p. 51.)

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qu'eux, ou avec eux par une fréquentation continuelle, et qui se sent si promptement, et avec tant de plaisir. Avec cela, très-savante, même bonne théologienne, avec un esprit supérieur pour le gouvernement, une aisance et une facilité qui lui rendoit comme un jeu le maniement de tout son Ordre et de plusieurs grandes affaires qu'elle avoit embrassées, et où il est vrai que son crédit contribua fort au succès ; très-régulière et très-exacte , mais avec une douceur, des grâces et des manières qui la firent adorer à Fontevrault, et de tout son Ordre. Ses moindres lettres étoient des pièces à garder, et toutes ses conversations ordinaires, même celles d'affaires ou de discipline, étoient charmantes, et ses discours en chapitre les jours de fête, admirables. Ses sœurs l'aimoient passionnément, et malgré leur impérieux naturel, gâté par la faveur au comble, elles avoient pour elle une vraie déférence. Voici le contraste. Ses affaires l'amenèrent plusieurs fois et longtemps à Paris. C'était au fort des amours du roi et de madame de Montespan. Elle fut à la cour et y fit de fréquents séjours, et souvent longs. A la vérité, elle n'y voyoit

personne, mais ellenebougeoitdechezmadainedeMontespan, entre elle et le roi, madame de Thianges et le plus intime particulier. Le roi la goûta tellement qu'il avoit peine à se passer d'elle. Il auroit voulu qu'elle fût de toutes les fêtes de sa

cour, alors si galanteetsimagnifique. Madame de Fontevrault se défendit toujours opiniâtrement des publiques, mais elle n'en put éviter de particulières. Cela faisoit un personnage extrêmement singulier. 11 faut dire que son père la força à prendre le voile et à faire ses vœux, qu'elle fit de nécessité vertu, et qu'elle fut toujours très-bonne religieuse. Ce qui est très-rare, c'est qu'elle conserva toujours une extrême décence personnelle dans ces lieux el ces parties,où son habit en avoit si peu. Le roi eut pour elle une estime, un goût, une amitié que l'éloignement de madame de Montespan, ni l'ex-

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Irême faveur de madame de Maintenon ne puient émousser. Il la regretta fort et se fit un triste soulagement de le témoigner. Il donna tout aussitôt cette unique abbave à sa nièce, fille de son frère, religieuse de la maison et personne d'un grand mérite *. »

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