‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 2 sur 138 · MARIE -MADELEINE- G ABRIELLE DE ROCHECIIOUART PAR DANIEL DE LARROQUE · texte numérisé non relu

MARIE -MADELEINE- G ABRIELLE DE ROCHECIIOUART PAR DANIEL DE LARROQUE

« Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart-Mortemart succéda à Jeanne-Baptiste de Bourbon. On ne pouvoit donner rien de plus illustre après le sang des Bourbons. Lorsqu'elle fut nommée abbesse, elle étoit religieuse dans Fabbaye de Notre-Damc-aux-Bois. Elle y prit le voile le 19 février 1664, et le reçut à la vue de toute la cour, de la main de deux reines, Anne et Marie-Thérèse d'Autriche. Elle y fit profession le 1" mars de Tannée suivante. Le roi la nomma abbesse le 18 août 1670. Elle eut besoin de trois dispenses du pape qui arrivèrent avec ses bulles, quelques jours avant Noël : la première, parce qu'elle passoit d'un Ordre à Fautre, étant auparavant dans celui de Saint-Bernard ; la seconde, parce qu'elle n'avoil pas encore cinq ans de profession révolus, et la troisième enfin, à cause du défaut de l'âge prescrit par les canons. Cette dernière difficulté, qui devoit être regardée comme la plus grande par la qualité de chef général

< Mémoires, édit. Chéruel, t. IV, p. 209.

■ biographies des abbesses de Fontevrault. — (Voy. à la fin du volume ; Appendice, pièce n° VIII, et, pour Daniel de Larroque, la lettre n'Gô, note 5.)

Ce morceau paraît avoir été écrit en 1705, un an avant la mort de l'abbesse de Fontevrault.

vin

AVERTISSEMENT

d'Ordre altacbée à celle d'abbesse de FontevrauU, fut cependant la moindre par l'événement. La sagesse prématurée l'étendue de son esprit, les rares connoissances dont elle l'avoit orné, lui aplanirent les cbemins. Son nom, déjà aussi connu en Italie qu'en France, y leva tous les obstacles de l'âge. Elle fut bénite en 1671, au mois de février, dans le couvent des Filles-Dieu de Paris, qui est une maison de l'Ordre. M.dellarlayde CbanvalonS qui vcnoit de succéder à M. de Péréfixe», fit la cérémonie de la bénédiction. Cette installation eut pour témoins la reine. Monsieur, mesdemoiselles les princesses, les princesses du sang, et généralement toute la cour. Le cardinal de Bouillon ^> et le nonce s'y trouvèrent, et se mirent dans le cbœur auprès de la renie, pour ne se pas commettre avec les évéques qui y assistèrent au nombre de trente enrochet et en camail, et qui étoient à craucbe, dans le baluslre, du côté de l'Évangile. Le Grand Conseil, devant lequel l'Ordre de Fontevrault a ses causes connnises, se jugea fort bonoré d'avoir été invité à cette solennité; leurs femmes v eurent aussi séance, mais avec peine, à cause que le lieu pouvoil difficilement contenir tout ce qui s'v trouva ; aussi étoit-cc un très-grand spectacle en lui-même, puisque madame de Mortemarlétoit la première abbesse de Fontevrault qui eût été bénite à Paris. On n'y fut pas médiocrementsurpris, quand les religieux dePOrdre, qui étoient par hasard en grand nombre dans cette ville-là, vinrent baiser la main gantée de Pabbesse, pour marque de leur sujétion ; après les religieuses professes et les sœurs

* François Hnrlay de Chanvalon, né en 4C25. D'abord archevêque do Rouen, puis de Paris en 1671, mort le 6 août 1095. ^

-- Hardouin de Beaumont de Pérélixe. né en 1005. Archevêque de Paris du U mars 1604 au 1- janvier 1671 , date de sa mort.

-- Emmanuel-Théodose de La Tour, frère du duc de Bouillon ; cardinal en 1069 à vingt-six ans; grand aumônier de France en 1671 ; mort a Rome en 1715, âgé de soixante-treize ans.

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laïques, les officiers domestiques de celte dame, qui étoient des séculiers, firent la même chose. Elle partit au mois de mars pour Fontevrault : on lui rendit toute sorte d'honneurs sur la route, et toutes les communautés et les magistrats des lieux où elle passoit la haranguèrent.

« Lorsqu'elle arriva à FontevrauU, plus de dix mille étrangers , accourus de toutes parts pour voir une personne précédée d'une si haute réputation être installée dans un lieu si célèbre, auroient rendu la fête fort tumul tueuse, sans le bon ordre qu'on y apporta : cette précaution fut une suite de cet accident qui arriva à cette illustre abbesse à la Madeleine d'Orléans, où elle pensa être étouffée par la multitude, et dont elle ne fut délivrée que par une espèce de miracle. Elle fut reçue avec tout le respect dû à son rang et à son mérite singulier ; elle n'eut point de peine à se faire obéir dans son nouveau ministère : les charmes de sa personne, soutenus par une politesse infinie et une affabilité gracieuse, lui gagnoient les cœurs, pendant que son air sage, modeste et plein de majesté, les tenoit dans le respect et dans le devoir.

« Le reste de sa conduite a répondu à de si beaux commencements : on ne peut soutenir avec plus de dignité le poste qu'elle occupe depuis plus de trente ans; ses ordonnances tiennent de la sagesse des plus parfaits législateurs et son gouvernement est plutôt le gouvernement d'un philosophe chrétien et consommé en Part de régner, que celui d'une personne ordinaire. On ne lui élève point d'autels, le christianisme le défend; mais on ne lui refuse aucun des honneurs dus à la vertu, et jamais tribut n'a été plus volontaire et plus universel que celui-là. Personne n'a plus de religion ni d'amour pour la vérité qu'elle; on ne pense point comme elle, quoiqu'elle pense le plus naturellement du monde ; tout ce qu'elle écrit a

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un caractère de grandeur et de facilité merveilleuses, et quand les sujets qu'elle traite n'ont point de noblesse en eux-mêmes, ils acquièrent sous sa main toute celle qui leur convient. Son cœur généreux et bienfaisant égale son esprit, et Tun est fait pour l'autre : voilà les sources de l'amour, de Tadmiration qu'on a pour elle ; c'est un bien parfait que celui d'avoir part à l'honneur de son amitié; rien ne le peut roubler que la pensée qu'on peut perdre une personne si accomplie. La seule chose qui rassure à cet égard, c'est de penser que la même Providence, qui l'a placée au rang éminent où elle est, la soutient et la guide visiblement, et qu'elle la conservera pour laisser au monde des exemples de piété et de vertu, qui y sont aussi rares que nécessaires. »

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