LES
SÉPULTURES DES PLANTAGENETS A FONTEVRAULT
La richesse et la splendeur de Fonlevnuilt, qui lurent si grandes au moyen âge, provenaient de la libéralité des princes angevins et de leur prédilection pour cette abbaye. Geoffroy Plant agenet et Mathilde la comblèrent de biens. Quand la dynastie angevine alla s'asseoir sur le trône d'Angleterre, elle n'oublia pas le monastère privilégié. Les premiers rois, qui restèrent si longtemps attachés à l'Anjou, continuèrent les traditions de générosité de leur lamille» et, après avoir de plus en plus enrichi Fabbaye de leur vivant, lui donnèrent en mourant leur corps à garder. On a appelé Fontevrault le Saint-Denis des Plantagenets. Tous les Planlagenets ne reposèrent pas cependant dans le monastère. Les corps de six princes de cette maison y furent seulement déposés; ce sont ; Henri II, [Richard Cœur de Lion, Jeanne d'Angleterre, Éléonore d'Aquitaine, Raymond Vil et Isabelle d'Angoulème. Fontevrault reçut encore, outre les corps de divers princes d'autres familles, le cœur de Henri Illet celui de Béatrice, fille de Richard.
Henri II, Plantagenet, né au Mans le 5 mars 1135, était (ils de Geoffroy Y et de Mahaut ou Mathilde d'Angleterre. Après un règne
* L'intéressante 61 curieuse notice qu'on va Hre a été publiée daiis le numéro du 1" décembre 1867 de la Gazelle des Beaux-Arts.
L'auteur, M. Louis Courajod, de la Bibliothèque impériale, a bien voulu nous autoriser à la reproduire, et nous l'en remercions vivement, (l'est un travail d'une érudition sûre, exacte, sur une question en quelque sorte nationale. Il est un peu plus complet dans la Gazelle des Beaux-Arts ; mais nous avons soigneusement conservé les faits principaux.
mêlé de glorieux succès et de grands revers, ce prince, successivement comte d'Anjou, duc de Normandie, duc de Guienne, comte de Poitou, roi d'Angleterre, vint mourir à Chinon, vaincu et humihé par son fils, le C juillet 1189. Le dernier vœu du roi fut d'être enterré dans Fabbaye de Fontevrault * .
Le lendemain de sa mort , on le porta au lieu de sa sépulture couvert de ses habits royaux, une couronne d'or sur la tête, ayant aux pieds des chaussures tissues d'or et des éperons, au doigt un grand anneau, à la main un sceptre, un glaive au côté et le visage découvert. Richard, son fils, ayant appris la mort de son père, accourut en toute hàle, le cœur plein de remords. Dès qu'il arriva, le sang se mit à couler des narines du cadavre, comme si l'âme du défunt s'indignait à la venue de celui qui passait pour être cause de sa mort, et comme si ce sang criait à Dieu. Richard, saisi d'une inexprimable angoisse, suivit jusqu'à Fontevrault la bière qui transportait son père, et il fit ensevelir honorablement le corps du roi défunt par les archevêques de Tours et de Trêves. Telle est la narration de Matthieu Paris * d'après Roger de Wendover ' et Benoit de Peterborough ♦.
Suivant Roger de lloveden ^ et deux autres chroniqueurs ^ dont la tradition est adoptée par Augustin Thierry, les faits se passèrent autrement. Nous empruntons à Féminent historien de la conquête de l'Angleterre la traduction qu'il a mêlée à son récit ^. « Quand le roi eut expiré, son corps fut traité par ses serviteurs comme l'avait été autrefois celui de Guillaume le Conquérant. Tous rabandonnérent après l'avoir dépouillé de ses derniers vêtements et avoir enlevé ce qu'il avait de plus précieux dans la cliambre et dans la maison. Le roi Henri avait souhaité être enterré à Fontevrault ; on eut peine à trouver des gens pour l'envelopper d'un
* Bibl. imp., ms. lat.. ÎU80, t. II, fol. 117 vV
* Grandes C/ironi^M^» de Matth. Paris, trad. Huillard-BréhoUes.t.lI, p. lll- ' Hofteri de Wendover Chronica sive flores historiarum nunc prittium edid.,
H. 0. Coxe, Londini, 1841, t. II. p. 444.
* Ex Benedicti Petroburprensis YUa Henrici II, Auylix régis, apud Rerutn Gallic. script., t. XVll, p. 490.
* Annales, pars posterior.apud Rerum anylicarum script. Ed. Satile, Franco furti, i6ui, p.6o4.
* Giraldus Carabrensis, ap. Rer. gall. script., t. XVlil, p. 157-158, et Chron Laudun.y ibid., p. 707.
' Histoire de la conquête de l'Angleterre, éd. de 1838, t. III, p. 54i.
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linceul et des chevaux pour le transporter. Le cadavre se trouvait déjà déposé dans la grande église de Tabbaye, en attendant le jour de la sépulture, lorsque le comte Ui( hard apprit, par le bruit public, la mort de sou père. Il vint à Téglise, trouva le roi gisant dans le cercueil, la face découverte et montrant encore, i)ar la contraction de ses traits, les signes d'une violente agonie. Le lendemain de ce jour eut lieu la cérémonie de la sépulture. On voulut décorer le cadavre de quelques insignes de la royauté ; mais les gardiens du trésor de Chinon les refusèrent, et, après beaucoup de supplications, ils envoyèrent seulement un vieux sceptre et un anneau de peu de valeur. Faute de couronne, on coitïa le roi d'une espèce de diadème lait avec la frange d'or d'un vêtement de femme. »
Nous aurons l'occasion de revenir sur ces deux récits, de les discuter et de nous décider pour celui qui nous parait le plus vrai. Quoi qu'il en soit, ces deux versions sont d'accord sur un point : llenri II fut enseveli à Fontevrault et inaugura ce qu'on apiiela depuis le cimetière des rois d'Angleterre.
Au-dessus de la sépulture du roi on éleva un monument pour accuser la présence de sa dépouille. Henri était sculpté en pleine pierre sur un sarcophage qui représentait un lit de parade couvert d'un drap somptueux. On grava sur ce tombeau une épitaphe latine*, composée de trois distiques dont voici la traduction : « J'étais le roi Henri ; mon pouvoir s'étendait sur de nombreux royaumes, et je fus plusieurs lois duc et comte. Le prince, que la surface de la terre n'aurait pu contenter, huit pieds de terre le contiennent 1 Toi qui lis cette épitaphe, songe au danger de la mort et vois en moi une image de la fragilité humaine. »
Il ne nous reste de ce monument (ju'un fragment enlevé au mausolée dans un des nombreux remaniements subils par le cimetière. C'est la ligure et la partie du sarcophage qui la soutenait. Le roi est couché. Le drap qui recouvre le lit se relève un peu sous les pieds et sous la tête, et forme des festons sur les côtés. La main droite appuyée sur la poitrine portait un sceptre court. La main gauche est posée sur la ceinture, au-dessous de la droite. A gauche du roi, sur le drap, est déposée son épée. Le ceinturon est enroulé autour du fourreau. Voici le costume ; le roi, couronné et sans barbe, porte le manteau en forme de chlamyde, un surcot
* Roger de Wendover, éd. cit., 1. 11, p. Ui.
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long à manches larges et longues , une cotte longue qui apparaît aux manches et au bas du surcot. Dessous on voit passer un troisième vêtement tombant presque sur les pieds. Les mains sont couvertes de gants avec une plaque de métal sur le dessus. Les pieds sont revêtus de chaussures et armés d'éperons. La statue est en lui blanc et mesure aujourd'hui 2-17 de longueur, de la couronne aux pieds. Suivant l'usage, cette statue dut être peinte. Il serait intéressant de connaître quelles furent les colorations primi-
• ves. Malheureusement les couleurs quon voit aujourdhui sont loin dftre originales, comme on l'a cru. Elles ont été renouvelées aux dix-sepiienie, dix-huitième et dix-neuvième siècles *.
Si on compare la description de la figure de Henri II avec le recit que fait Mathieu Paris de la mort et de l'ensevelissement du 101, on est amené forcément à conclure que l'artiste, auteur de la statue, a reproduit scrupuleusement la personne royale au moment ou elle était parée pour descendre au tombeau. Alors ce monument ne nous olfrirait pas seulement une œuvre d'art, mais encore la représentation exacte de Henri revêtu de ses ornements rovaux ; en d autres termes, ce serait un portrait. Comme quelques-uns de ceux qui se sont occupés des tombeaux de Fontevrault, nous avons eu un instant cette illusion. Mais la réflexion ne nous a pas permis de la conserver.
Bien des considérations rendent le récit de Matthieu Paris invraisemblable. Tous les chroniqueurs contemporains s'accordent à de|)eindre 1 état d'abandon complet dans lequel mourut Henri II n paraît étonnant de voir traiter avec autant d'égards un prince mort, dont on ne respecta pas même les derniers moments Lorsque Henri eut expiré, les courtisans avaient à complaire à Ihchard, dont on ne prévoyait pas Ja sage conduite, et insulter la dépouille du maître défunt devait, dans leur pensée, agréer au maître a venir. 11 serait donc étrange de voir tout d'un coup s'arrêter la hame, la jalousie, la trahison, quand tout les convie à se produire, quand la situation les enfanterait si déjà elles n'existaient pas. Ces considérations, qui éveillent « priori le soupçon, ne suffiraient pas à infirmer un récit si on ne pouvait s'appuyer sur des
* Voyez Gaignières, t. Xll, f^ 14, à la Bibl. imp., Cab. <les Est. - Montfaucon. Monuments de la monarchie française, t. II, p. llô.-Slohart, Themonumental effigies of Oreat DrUmn, I83i. pi. 4, 5, et pi. coloriée en tête de Touvrage.
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faits. Mais les choses se sont passées comme le raisonnement l'indique. Des textes positifs l'établissent. A peine le malheureux roi a-t-il rendu le dernier soupir, qu'il est dépouillé de tous ses msi^nes ; son corps mis à nu ne reçoit pas même les témoignages de respect que la mort fait accorder au dernier des hommes. Point de linceul, point de bière, point de convoi ! Une main furlive cache seule la nudité du cadavre, la charité publique couvre cette dépouille royale, et c'est travesti en roi, mais non royalement vêtu, qu'il est traîné sans pompe à sa dernière demeure. Voda la vérité. Voilà ce que racontent avec l'accent de la sincérité Roger de Hoveden, Giraud-le-Cambrien, l'Anonyme de Laon. Voilà le récit auquel Augustin Thierry ajoute foi, sans tenir compte de
l'autre .
Entre les deux versions on ne peut, ce nous semble, hésiter. Il reste à expliquer comment la première a pu se produire. Trois auteurs relatent ce pompeux convoi funèbre et cette sorte de marche triomphale de Henri II vers son tombeau : ce sont Matthieu Paris, Roger de Wendover et Renoît de Peterborough. En réalité ce triple témoignage se réduit à un seul. On sait que Matthieu Paris copia la Chronique de Roger de Wendover jusqu'en 1255. En comparant le récit de Roger de Wendover {Flores historiarum, t. Il, p. Ui) et celui de Renoit de Peterborough (Historiens de France, t. XVII, p. 490), on est convaincu que l'un des deux a copié l'autre. Voici maintenant comment naquit le récit original. Les chroniqueurs, pour composer leurs histoires, étaient obligés d'aller sur les lieux s'informer des événements auxquels ils n'avaient pas assisté. L'historien de Henri II ne put se dispenser de venir à Fontevrault. On lui montra le tombeau. Comme l'usage existait de revêtir les princes de leur costume d'apparat avant de les inhumer et de les représenter dans ce costume sur leur monument funèbre, le chroniqueur en conclut que Henri H avait été apporté à l'abbaye en l'état où il le voyait, et il décrivit la statue. L'argoiment tiré de la Chronique de Matthieu Paris doit donc être écarté.
Nous ne croyons pas que la figure de Henri soit un portrait dans la véritable acception du mot; nous avons indiqué la libre interprétation que s'attribua le tailleur d'images dans le costume. Nous ajouterons quelle se montre dans les proportions de la statue, qui est plus grande que nature, et où l'on ne retrouve ni la petite
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taille, ni lobésité si connue du roi. Nous ne nierons pas cependant qu'on remarque ici la carrure des épaules mentionnées dans le portrait laissé par un chroniqueur contemporain », et que l'absence de barbe, à une époque où elle était portée \ semble indiquer la volonté de traduire une physionomie individuelle.
On n'a jamais mis en doute l'authenticité traditionnelle de nos statues, ni la justesse de leur attribution. Si la tradition offrit jamais quelque garantie, c'est quand elle s'attache à de grands souvenirs et qu'elle est, comme ici, gardée par de nombreuses mémoires qui en font un culte. L'abbaye au moyen âge était trop fiére de ses tombeaux pour les oublier ou les confondre, et depuis l'époque où les souvenirs s'altèrent et se rompent, nous avons des documents qui nous désignent et nous décrivent chaque personnage et chaque tumbeau.
Pour celui-ci, le témoignage d'authenticité remonte bien haut. Dès le treizième siècle, Roger de Wendover et Renoit de Peterborough, voulant reproduire l'aspect de Henri mort, décrivent sa statue, comme nous l'avons établi. Le style, d'ailleurs, de ce mo- Hument et l'examen du costume ne laissent pas d'incertitude et conlirment i)leinement la tradition. L'exécution de la ligure suivit de très-près la mort du roi. Il était sans doute sculpté quand, dix ans après, Richard vint à ses pieds partager sa sépulture et lui demiuider la réconciliation. Henri est représenté ayechchLamyde, Cette forme du manteau ne dépasse pas le douzième siècle. Si la ligure était du treizième, nous la verrions avec la chape qui revêt Richard. C'est presque la seule différence à indiquer entre les costumes des deux rois, mais elle est caractéristique 5. Cette statue peut donc être datée certainement de 1189 à 1199. ^ Ce monument, dont lintérét archéologique est incontestable, n'est pas dépourvu de valeur esthétique. Si le travail de l'imagier est dur et âpre, il nous donne du roi défunt une représentation qui ne manque pas de grandeur dans sa roideur cadavérique. Le
* Giraud-leCambrien, t. XVIII des Hut. de France, p. 158.
« Le père de Henri, Geoffroy Planlagenet , portait la barbe. Voir l'émail du Mans. — îSon lils lUchard la portait également. Voir sa statue à Fontevrault, ci-dessous.
* Cttte différence dans le costume des deux rois se retrouve sur leurs sceaux. — Voyez Trésor de numismatique cl de glyptique , sceaux des rois et reines d'.Vngletcrre, pi. 3.
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Ince auv larges épaules, d'une taille agrandie, dori avec majesté Cla pos consa rée. Les lignes du corps sont .nd.,,»ees av c Ses'ê les plis tombent simplement et le manteau ramené par
'llXZ^:S^^re, st.rnommé Cœur de lion, na.p.it en 157 de Henri 11 et dtléonore de Guienne. Cest un l.eros
" enda le par ses exploits et sa captivité. En 1199. voulant, d.t-on i'eCarer d^Ûn tréso que détenait le comte de Lmioges, ce prm e
ra ^^er îe château de Chalus. Blessé d'une flèche dans 1 atnue et se sentant mourir, Richard ordonna que son corps fu
TeteU Montevrault aux pieds de son père, ^^^^^^^^ irahi 11 lé"ua à l'église de Rouen son cœur mvmcible, et vovnui „ ntrailles fussent déposées dans l'église de Chalus connue
m Drésent qu'il faisait aux Poitevins. 11 expira le mardi 6 avril
T99. fut "nterré cinq jours après, le Jo- ^es Rameaux^ 11 avril, vêtu de ses habits d'apparat, dans leghse de Fonle
'"comme son père. Richard fut sculpté ^"■•;" XÎaTdÏ Dierre au-dessus du caveau funéraire ou sa dépouille était déposa La partie supérieure du monument est seule parvenue Sa noul Le roi.' couronné, est étendu ^ un <lrap couvr . une sorte de lit de camp, un coussin sous la 1 te U porte me
barbe courte entaillée dans la P''^"^;, ^f^»'" ' f ^'.^^U^e, e brisée était appuyée sur le haut de l'abdomen. La main „aucl t Tpêséi surTaleinture. Il est vêtu d'un 7";-",-;-'-,^ rhJe attaché sur le devant par une grosse hbule, laissant a dt coûfert presque tout le bras droit et venant par-dessous croiser su es "noux^ombant tout droit de l'autre côté, ce vètemen e eevé par l'e bras gauche qu'il couvre. Le --'' -^l' [^/^^ ^ par un ceinturon, est muni de manches longues «t brg ^^a cot apparaît aux manches et au-dessous du surcot. ^u-dessmis d la cotte une dernière robe descend usque sur les pieds Les mains ÏÏ couvertes de gants avec plaque de métal et es Pieds revc de bottines èperonnées. La statue en uf blanc a 2 .O» J« 'm> gueur. Elle dut être aussi colorée a l'orig.ne. En compa.ant les
2 Bibl. imp., ms. lat., ^8«' t. u, ^^\yi \ ^.. ms. Exirait'.du Cartulaire de Fonlevrault, lol.2o4,ÏOa.
LES PLANTAGENETS A FONTEVRAl'LT.
diverses représentations et descriptions de ce monument, on acquiert la preuve que depuis le dix-septième siècle il fut repeint plusieurs fois*.
Comme pour Henri 11, l'authenticité traditionnelle de l'attribution ne nous semble pas ici contestable. La figure de Richard est postérieure à celle de Henri. Les formes différentes des manteaux établissent pour la première une évidente antériorité. La chape de Richard n'a pu coexister avec la chlamyde de Henri. Mais le reste des costumes diffère bien peu. Cotte et surcot, tous deux trèslongs, sont assez ressemblants. Les deux figures n'ont pas dû être taillées à un bien grand intervalle de temps Tune de l'autre, et celle de Richard a tous les caractères qui conviennent à la dernière année du douzième siècle et aux premières années du treizième. Mort en 1199, ce prince n'a pas attendu longtemps son monument funèbre.
Contemporaine, cette statue a donc une grande valeur. Elle était l'unique efligie de Richard, à partir de 1736*, époque à laquelle celle de Rouen disparut, enfouie sous le pavé du chœur, jusqu'à ces dernières années, où elle a été retrouvée par M. De ville. Mais le Richard normand nous semble inférieur en intérêt à celui de Fontevrault, car il dut être refait après l'incendie de la cathédrale, en 1^200 *. C'est en vain qu'après les avoir visités et comparés tous les deux, nous avons cherché à établir l'identité de l'un par l'autre. Le Richard de Rouen * ne ressemble nullement à celui de Fontevrault. 11 n'a pas de barbe, ne porte qu'une robe attachée au cou par une grosse fibule carrée et serrée à la taille par une ceinture fort ornée. Un manteau-chape, jeté sur les épaules, est retenu par une cordelière lâche. La main gauche tenait un sceptre. H a un lion sous les pieds. En avant du bloc de pierre qui forme le lit, un petit bas-relief du plus joli travail représente un sujet de chasse : un chien guette un lapin sortant du terrier.
* Voyez: Gaignières, t. XII, f* 18. — Stothail, pi. 8 et 9; pi. en couleur en télé des Monumental effigies, 1852.
« A. DeviHe, Tombeaux de la cathéd. de Rouen, édit. de 1857, p. 158. » Id., ibid. p. iO.
* L'allribulion de cette statue ne peut être non plus contestée. — (Voyez au cab. des estampes, Gaignières, t. XII; Gaignières d'Oxford, t. IV, pi. i, et Montfaucon, t. II, pi. xv.) — Nous avons vuceUe statue avant sa restauration dans un atelier de la cathédrale de Rouen ; elle est conforme aux dessins du XVII* siècle.