A MADAME DE SAINT-AIBIN, A L'ABBAYE-AUX-BOIS
A Fontevrault, ce 5 janvier 1G75.
Je suis honteuse au dernier point, ma chère fille, d'avoir été si longtemps sans vous écrire ; mais, comme j'ai eu le
» Bibl. iiiip. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VII p. 205, loi. 4i0. — LetUe publiée par M. Cousin.
» Bibl. imp. Mss. 17,050. l'urle feuilles Vallant , fol. 510.
ABBESSE DE lONTEVRAULT. ET DE SES AMIS. 97
soin de vous faire mander les légitimes raisons qui m'en empêchoienl, j'espère que vous ne m'en saurez pas mauvais gré. Une partie de ces raisons subsiste encore, car vous savez que je suis embarrassée des offices jusqu'au mardi gras. Cependant je ne puis laisser passer tant d'ordinaires sans vous faire voir de mon éciiture et sans vous prouver par ce petit soin, que je me souviens toujours de vous. Je n'entreprendrai point de répondre à toutes vos dernières lettres que j'ai lues avec un extrême plaisir, parce que je n'ai pas le loisir d'écrire assez longtemps pour cela ; mais je crois vous devoir dire, pour mettre vous et M. Berger en repos, que tout ce que vous avez pris la peine de me mander sur son sujet étoit très-inutile; que je le crois l'homme du monde le plus fidèle, et que M. l'abbé Testu et moi n'avons jamais douté de lui, quoique nous ayons été en peine, lui et moi, de ce qu'on ouvroit nos lettres, car il est trèsvrai qu'on les ouvre ; et quoiqu'on ne mande rien qui pût faire la moindre affaire, ce ne laisse pas d'être une chose désagréable qu'il y ait des gens qui prennent cette liberté. Ce n'est point du tout une imagination, et M. Berger m'obligeroit fort s'il les pouvoit découvrir.
Vous m'avez fait un très-grand plaisir de m'apprendrcen détail le présent que madame de Montmartre a fait à M. Vallant. Comme je les aime l'un et l'autre, je m'en suis réjouie, mais avec quelque différence, car je sais que la personne qui reçoit ne doit pas être si aise que celle qui donne. Je suis ravie que le mérite de M. Vallant soit connu et de voir que tous les honnêtes gens ont sur son sujet un goût pareil au mien. Au reste, j'ai pris depuis peu des remèdes qu'il m'a envoyés, dont je me trouve si extrêmement bien que je ne puis m'en louer assez. Je lui en écrirai au premier jour une lettre de remerciement, et je prendrai aussi la liberté de lui donner une petite commission de la-
D8 LETTRES DE GABUIELLE DE ROCHECilOl] AllT quelle j'espère qu'il voudra bien se charger. En attendant, ma chère fille, obligez-moi de lui faire mes comphments ; et croyez, s'il vous plaît, que je vous aimerai toute ma vie fort fidèlement. J'en dis autant à madame Dofine, et je suit^ de tout mon cœur sa très-humble servante.
il. AU DOCTEUR VVUÂNTi.
A FontevrauU, ce 7 janvier 1673.
H V a bien du temps, Monsieur, que j'ai envie de vous écrire et que je n'ai pas pu le faire à cause d'un gros rhume dont je ne suis pas encore tout à fait (luilte. Je vous suis très-obligée de n'avoir pas eu égard à mon silence et de m'avoir donné la consolation de recevoir une de vos lettres. Vous m'avez fait aussi un extrême plaisir de me mander qu. je suis bien avec madame deMontmartre.G'esl une personne que j'honore et que jaime avec la dernière tendresse. Ainsi, rien ne me pouvoit plus loucher que d'apprendre par un homme aussi clairvoyant que vous qu elle me donne quelque part à son cœur. Je me suis déjà réjouie pour elle et pour vous de ce que vous avez fait connoissance. Je vous prie, pour m'en paver, de lui parler quelquefois de moi et de ne pas souffrir qu'elle m'oublie. Vous voyez, Monsieur, que je compte bien sur votre souvenir, puisque je vous donne de telles commissions. Je vous conjure de ne me jamais iaire repentir de celte confiance. ^ ^ , .
Au reste, quoique je sois touchée vivement de 1 exhortation que vous me faites touchant le mépris qu il faut avoir des choses de ce monde, je vous avoue cependant que je ne me trouve pas encore assez indifférente sur les bruits (lu on voudroit faire courre, pour oser vous éclaircir l histoire que
Bibl. imp. Mss. 17,050. Portcfeuilks Vallant, t. Vil, fol. UM5.
madame Testu vous a commencée. Ce n'est pas de vous que je me méfie, comme vous pouvez penser. Je sais dans quelle sûreté seroit ma lettre, dès que vous l'auriez entre vos mains ; mais je ne suis pas assurée de ce qui lui peut arriver sur les chemins, et c'est ce qui m'empêche de vous dire ici ce que je vous conterois avec sincérité et avec joie, si je vous voyois. Vous saurez seulement en général qu'on a conté à Angers une histoire de Fontevrault, très-fausse dans plusieurs de ses circonstances essentielles : madame Testu, qui n'aime pas l'injustice, surtout (|uand elle s'attaque à ses amis, souffre très-impatiemment que des gens dont il y auroit grand plaisir d'être estimée, aient peut-être conçu de là une très-mauvaise opinion de moi* ; j'en soulTre aussi de mon côté ; mais voyant (ju'oii ne peut s'éclaircir de si loin, je me sers de votre exhortation pour prendre patience en cette rencontre. Je vous prie, Monsieur, de continuer à m'en faire et de me donner toujours quelque part à vos prières. J ai un besoin infini de tous ces secours dans la place où je suis.