A MADAME DE SAINT-AUBIN, A L'ABBAÏE-.^UX-BOIS
A Fontcvrault, ce 10 mars 1074.
Mes affaires ont mis une si longue interruption à notre commerce que je ne puis plus le reprendre où nous en étions
1 Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VU, fol. 433. —
Lettre dictée, et non signée. ..,, -, «o
1 RiW imn Mss 17,050. Portifemlles Vallaut,l. yi, K\. t.J. . ilrtïpeTre crochets n été publiée par M. Cousin, dans Madanic de tbTp. îoTm Conlh. date la lettre du 10 mars 1079 ; nous croyons qu'il faut lire iC74.
et qu'il faudra nécessairement, ma chère fille, que vous me donniez de nouveaux sujets de vous entretenir en me mandant des choses aussi agréables que celles que je trouve ordinairement dans vos lettres. Je ne sais pas trop si cet agrément est dans les nouvelles dont vous me faites part, ou seulement dans la manière dont elles sont rapportées ; mais ce qui est de vrai, ma chère fille, c'est que vos lettres me donnent un sensible plaisir et que je suis ravie toutes les fois que j'en reçois.
Comme je crois que vous avez présentement mademoiselle de Comminges, je vous prie de lui faire mes compliments, et je vous conjure encore, et madame Dofine aussi, d'avoir de la bonté pour elle. C'est une fille qui a un mérite très-solide et pour laquelle j'ai beaucoup d'amitié. J'espère que Madame et vous en serez contentes. C'est tout ce qu'elle souhaite pour le temps qu'elle demeurera chez vous.
•le vous conjure, ma chère fille, de donner à M. Vallant la lettre que j'écris à madame de Vaudemont*, afin qu'il la fasse envoyer sûrement par Montmartre. Faites-lui en même temps bien des compliments de ma part et bien des remerciements de ce qu'il m'a envoyé pour madame de Belin, qui se porte mieux. Dieu merci.
[Je suis très-aise que Madame (la prieure de l'Abbaye-aux- Rois) parle de moi avec amitié; mais assurément elle se trompe de me croire janséniste. Pour la doctrine qu'on leur impute, je ne l'ai pas; mais il est vrai que les livres de ces Messieurs me paroissent au-dessus de tout ce qu'on peut lire en notre langue, et que la morale qui y est enseignée, quoique très-rude à la nature, ne laisse pas de me plaire, .parce qu'elle est conforme à la seule ot véritable règle, qui est l'Évangile. Voilà ma profession de foi en raccourci. Je
'^ Annc-Élisabcth di- Lorraine, fille du duc d'Elbeuf, marit'e le 28 avril 1G09 à Cliaii<^^-Heiiri de Lorraine, prince de Vaudemont.
108 LETTRES DE GABRIELLE HE ROCHEClIOl A HT ne m'étonne pas quelle soit un peu suspecte chez vous, puisque les gens qui y gouvernent, ne me croyant pas de leur cabale, seroient bien aises de faire croire que je suis aussi séparée de l'Église que de leur empire. Comme leurs jugements ne sont pas ceux de Dieu, je me conso e, et je suis même assurée que, dès ce monde, les vrais honnêtes o-cns me feront justice. Vous serez peut-être ennuyée, ma chère fdle, d'un aussi grand prône que celui-là; mais comme je n ai nulle nouvelle à vous mander et que je suis bien aise de vous écrire, je me suis étendue sur la première chose qui m'est tombée dans l'esprit.] J'espère que vous me le pardonnerez et que vous voudrez bien embrasser madame Dofine pour moi. Vous pouvez compter l'une et l'autre que vous avez en moi une très-fidèle amie.