‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 43 sur 138 · AUX COUVENTS DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

AUX COUVENTS DE L'ORDRE

A Fontevrault, ce 5 juin 168 i.

Chères filles et bien-aimées religieuses, si la loi de Dieu n'a été écrite sur des tables de pierre que depuis qu'elle a cessé d'être gravée dans les cœurs des hommes, et si quelques Pères de l'Église reprochent aux chrétiens de leur temps le besoin qu'ils ont des saintes écritures comme un effet de

ArciMves départementales de l'Aube, liasse 444.

leur endurcissement et de leur dépravation, que vous dirons-nous de ce qu'ayant entre vos mains la même écriture, votre règle, et une infinité d'ordonnances de vos supérieures, qui ne tendent qu'à vous expliquer l'une et l'autre, vous êtes néanmoins si négligentes, non-seulement de pratiquer, mais encore de lire des instructions si nécessaires à votre salut?

Nous ne prétendons point vous charger d'ordonnances nouvelles, et nous reconnoissons avec joie que quelques-unes de nos communautés pourroient, par leur bonne conduite, nous dispenser entièrement de ce soin. Nous conjurons celles-là, qui [)ar malheur sont en petit nombre, de remercier Dieu lorsqu'elles trouveront ici des règlements qu'elles pratiquent déjà, et de prier pour leurs sœurs à qui ces dits règlements peuvent être nécessaires, au lieu de publier avec murmure qu'on leur fait des lois inutiles, et d'anéantir par cet orgueil tout le mérite de leurs bonnes actions.

Comme on n'avance rien, dans la guérison des maladies, lorsqu'on ne les combat que dans leurs effets, et qu'on ne s'attache pas à en détruife la cause, nous travaillerions aussi inutilement pour le bien de notre saint Ordre, si nous contentant de vous reconnnander l'esprit de retraite, le silence, Tassiduitè au chœur, la modestie et l'uniformité dans vos habits, l'union, la paix et toutes vos autres obligations, nous ne vous découvrions encore la source des fautes que vous commettez contre ces devoirs si essentiels à votre état.

Quand nous examinons la conduite des monastères bien réglés, nous y remarquons trois maximes inviolables, qui sont visiblement les gardiennes de la régularité :

i" Les sorties entièrement interdites ou très-rares, et accompagnées de toutes les précautions qui peuvent en diminuer le péril ;

LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECllOU ART

2" Les parloirs fermés de bonne heure et trop austères pour attirer les gens mal intentionnés ;

3« Les directeurs en petit nombre, choisis par un sage supérieur, et non pas par l'inchnation naturelle des particulières, et ces mêmes directeurs occupés uniquement du salut des âmes, évitant avec soin de s'attacher aux personnes, que, pour cela, ils ne voient que rarement, et avec une extrême circonspection.

Voilà ce qui forme et entretient ce grand nombre de religieuses que l'ÉgUse regarde avec joie, et tout le monde avec admiration, et c'est aussi par les trois désordres opposes que les personnes qui veulent allier l'esprit et les manières mondaines avec le nom et l'habit religieux font un compose monstrueux que l'Église désavoue, et que le monde rejette avec autant d'horreur que de moquerie.

Vous trouverez dans cet exposé la source des plaies dont le relâchement a affligé notre saint Ordre, et un moyen général de les guérir, à quoi nous ajouterons quelques considérations particuhères dont nous souhaitons ardemment que vous receviez quelque ulihté.

lo Que ces sorties si fréquentes et si peu mesurées, outre le tort notable qu'elles font à nos consciences et le mépris qu elles nous attirent de la part des sécuhers, ne nous délivrant point pour toujours de la profession dont elles nous dégoûtent, nous laissent une amertume dans le cœur, capable de nous rendre malheureuses pour toujours ;

2« Que cette liberté d'aller au parloir et d'y demeurer tard est cause ou tout au moins l'occasion prochaine des attachements criminels, et le fondement inévitable de plusieurs discours et jugements scandaleux qui se font de nos maisons; que, par là, le silence est aboh, le service divin négligé, les prières accompagnées d'une foule de distractions, les secrets du cloître livrés aux personnes du siècle

qui en font toujours un mauvais usage, et enfin vos biens temporels dissipés dans le dehors, pendant que vos bâtiments demeurent sans réparations, et vos personnes dans l'indigence de plusieurs choses nécessaires;

5« Que celte multiplicité de directeurs introduisant dans vos monastères des opinions et des maximes différentes, ruine entièrement la subordination et la charité ; que, par là' vos communautés, qui devroient être des sociétés douces et paisibles, deviennent des assemblées tumultueuses qui ne travaillent qu'à s'inquiéter et à se détruire, d'où s'ensuit mfailliblement la ruine du recueillement et du bien temporel, car ces directeurs se succédant toujours les uns aux autres, ne vous laissent jamais sans distrî\ctions par leurs entretiens continuels, et sans dépenses extraordinaires par l'attachement que vous avez à les bien traiter.

Nous vous ordonnons donc de tout notre pouvoir de vous réformer très-soigneusement sur ces trois chefs, vous soumettant avec docilité aux moyens que nos vicaires vous fourniront pour parvenir à ce but, en quoi ils agiront conformément à nos bonnes intentions, et au besoin des lieux qu'ils pourront connoître pendant l'acte de leur visite.

Nous confirmons 1rs ordonnances de feu Mesdames les abbesses, de nos dits vicaires et les nôtres précédentes, vous enjoignant d'en lire tous les mois en chapitre quelque partie, en sorte que vous les puissiez toutes parcourir dans le cours de chaque année. Nous vous exhortons aussi de tout notre pouvoir à la lecture fréquente de notre sainte règle, dans laquelle vous trouverez des instructions de tout ce que vous devez faire, et un sujet légitime de vous humilier par la prodigieuse différence que vous remarquerez entre vos obligations et vos prati(iues. ^ Nous avons honte de défendre aux mères officières de s'approprier ou de gratilier leurs parentes et amies des biens

102 LETTRES DE GMJUIBUE DE ROCllECIlOl- AUT

de la religion qui leur sont confiés, nous semblant que cet abu. si incompatible avec une conscience et une prob.te Ïme médiocL, ne devroit seulement P- être connu parmi des personnes de naissance, et qui de plus son LLieuses. Mais, comme nous ne savons que trop qu 1 a Triade profondes racines dans quelques-uns de nos cou- V nts nous ne pouvons éviter de le condamner ,c. comme un ;crd-autant plus criminel qu'il s'attaque au bien de îareVion, et qu'il est commis par des épouses de esus- Chr ^ de qui ce divin époux exige une fidclité scrupuleuse. C est Lber dans le même désordre que de prétendre hériter les unes des autres, sous prétexte de parente ou de nuelaue autre liaison. „ »

Nous ordonnons au. mères officiêres décrire elles-mêmes leurs comptes, et d'y marquer avec simplicité et sans detour ce qu'elles auront reçu et dépensé -, elles ne sauroient éviter avec trop de soin de confier aux gens d afla.res ks titres et papiers des maisons, et on a là-dessus plusieurs fa-

''i: :£:;r qu'il y «It tomes .s .mits une lampe allumée dans chaque dortoir. En -^^f^^lJ^^^. charité et d'humanité, on se rend coupable de i lusicu.s ac "s, auxquels on ne peut quelquefois remédier faute de

'"tus 'recommandons aux mères portières de ne confier jamais leurs clefs à personne, et de ne point ouvrir les portes sans être accompagnées d'une de leurs aides.

Nous vous défendons les médecins, chirurgiens cl domebtiques de la religion prétendue réformée; il scro.t insupportable que ces hérétiques fussent reçus favorablemen^ dans les maisons religieuses, pendant que le roi travaille avec tant de zélé et de succès à en purger son royaume^ Ayant apprisque, dansquelquesmonastèresoul on souffre

ABBESSE DE FONTEVHAUM, ET DE SES AMIS. 163 que les religieuses embrassent leure parents à la porte ces mêmes parents se glissent souvent par surprise dans rîntérieur des maisons nous nous croyons obligée d'ôter l'occasion de ce desordre, en défendant que les portes soient jamais ouvertes pour ce sujet, que le mauvais usage a rendu criminel et illégitime. " "

Domnn?''.^',"''' ''"'' '''"' ''' ''''''''' spirituelles, se dispensent de 1 assistance au chœur pour vaquer à quelques

dévotions particulières, sont dignes du reproche queNoIre- ^eigneur fa.soit aux pharisiens, sur ce qu'ils négli<reoient les commandements pour s'attacher à leurs IradilL^s

Il y a plusieurs choses sur lesquelles il seroit à propos de vous parler, que nous omettons néanmoins, les ayant trouvées fort au long dans nos dernières ordonnances que vous devez hre et observer comme celle-ci. Nous y renvoyons pareillement nos chers et bien-aimés religieux; nos pères co fesseurs sur les articles qui les regardent, et entre autres ceux qui leur défendent les chevaux en propre, les voya4 •""tiles et indépendants des mères prieures, ;t les entreliens trop fréquents aux parloirs. A quoi nous ajoutons que c est contre nos lumières et presque par force que nous tolérons les pensions qui leur sont données pour leurs habits et que nous souhaiterions ardemment que leur désintéressement d une part, et de l'autre la justice et rhonnêtelé des mères ofi.cières, les remît à cet égard dans l'usage plus conforme a notre sainte règle.

Nous prions Dieu de tout notre cœur de vouloir vous inspirer des sentiments équitables sur le sujet de nos dits

toujours, 0 , un eloignement qui tient de la haine, ou une

ml? " '"""■""■'' '*"'^''^''^"' '^''"^"" dans le même monastère, qui se trouve déchiré par cette division, et dé^

tourné de la piété par le même moyen qui devroit l'y conduire. On ne sauroit trop déplorer ce désordre et on iroit trop loin si on entreprenoit d en spécifier toutes les suites funestes; elles ne sont que trop publiques dans le mondé par les discours que vous faites sur ce sujet à vos parents et amis, avec une imprudence et une exagération si grande, qu'ils n'ont que faire de leur malignité naturelle pour en tirer des conséquences pernicieuses.

Voilà, mes chères filles, ce qu'un véritable désir de votre salut et de votre repos nous a inspiré de vous prescrire ; nous vous conjurons par le même motif de vous y soumettre avec sincérité, et d'être persuadées que nous vous aimons avec toute l'ardeur et toute la tendresse à laquelle notre charge nous oblige *.

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