‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 44 sur 138 · A SEGRAIS · texte numérisé non relu

A SEGRAIS

A Fontevrault, ce i i mai 1684.

Je suis très-aise, Monsieur, toutes les fois que je vous sais à Paris, parce que je crois que vous y êtes agréablement et que je vous trouve rapproché ; mais c'est un séjour de si peu de durée qu'on n'a presque pas le loisir d'y faire attention. Je suis bien touchée que vous ayez celle de m'écrire dans un temps qui vous doit paroître si précieux ; rien ne me V\on\e mieux qu'en effet j'ai toujours quelque part à votre amitié à laquelle je vous assure. Monsieur , que je suis très-sensible. Vous pouvez juger combien je le suis aussi à une séparation aussi désespérée que la nôtre, et combien je trouve mauvais qu'étant destinés l'un et l'autre à vivre si loin du monde,

- La formule comme à la lettre n" 30.

» Bibl. imp. Mss. Fr. 24,991. Lettres de Gaignièrcs, fol. 204.

nous ne nous soyons pas trouvés tous deux dans la même province.

J'eus un très-grand plaisir à trouver dans votre dernière lettre que vous songiez, madame votre femme* et vous, à me venir voir, et qu'il n'étoit pas impossible que cela n'arrivât quelque jour. Je vous laisse à penser comme je vous recevrois! mais je crois, après tout, qu'il seroit ridicule de se flatter de cette espérance. Je ne suis pas surprise de ce que vous me dites des sentiments de madame de La Fayette à mon égard ; elle m'en donne des preuves dont je ne pu s douter, et c'est encore une des personnes du monde qui me fait le plus regretter mon exil. Je tremble pour M. son fils, car je connois son extrême sensibilité sur ce sujet; et, d'ailleurs, la foiblesse de sa santé ne pourroit plus résister à une violente affliction.

Je vous remercie des nouvelles que vous m'avez mandées. Vous n'êtes pas tombé dans le défaut de presque tous les gens qui écrivent, qui, en supposant qu'on est instruit de tout, laissent les pauvres absents dans une ignorance entière. Vous avez peut-être tâté de ce procédé, et c'est ce qui vous empêche de l'imiter. Pour la critique de Despréaux, je l'a vois apprise d'abord sans m'en émouvoir , parce que c'est une chose inévitable dont , par conséquent , on ne doit être ni fâché ni surpris. Je savois aussi que M. l'abbé Testu l'avoit condamnée, et que tous les honnêtes gens avoient suivi son exemple. Si on ne vouloit être content de soi que lorsqu'on seroit approuvé de ces deux messieurs, il faudroit renoncer à ce bonheur, et il me semble qu'il n'y a rien qui condamne à une si dure soumission ^

* Claude Acher du Mesnilvité, cousine de Serrais. Elle était riche, et ne voulut épouser que lui, quoiqu'il fût sans biens. Ils s'étaient mariés en 1076.

^ Ces deux rncssicurs étaient Racine et Boileau ; Segrais ne les ai-

10G LETTRES DE GABRIELLE DE ROCIiECHOUART

Je VOUS demande, Monsieur, la continuation de votre amitié , et je vous prie d'être toujours très-assuré de la mienne. Ma sœur de l'Hôpital vous fait mille compliments. Je ferai faire les vôtres à madame de Belin , qui est à une lieue d'ici pour prendre l'air, dont elle se porte mieux, grâces à Dieu !

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