‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 50 sur 138 · A SEGRAIS · texte numérisé non relu

A SEGRAIS

A Fontevrault, ce 7 janvier 1687.

Quand je reçus votre lettre , Monsieur, je n'étois pas encore tout à fait quitte des alarmes que j'ai eues sur la petite vérole de madame la duchesse *, et vous savez qu'on a encore eu depuis d'autres sujets de chagrina Tout cela a été cause, Monsieur, que j'ai différé à vous répondre. Je voulois avoir l'esprit libre pour cela, et, grâces à Dieu, les nouvelles sont très-agréables depuis quelques jours , ce qui me fait espérer que cette année se passera plus gaiement que n'a fait la dernière. C'est déjà une chose bien agréable pour moi de connoître que j'ai toujours quelque part dans votre sou-

* Bibl. imp. Mss. Fr. 24,991, fol 217.

- La duchesse de Bourbon (mademoiselle de Nantes), fille de madame de Montespan et de Louis XIV.

J5 Allusion à la mort du grand Condé, arrivée à Fontainebleau le 11 dc-cembre 108C, à la suite de ses fatigues pendant la maladie de la duchesse de Bourbon, mariée, le 24 juillet 1685, au duc de Bourbon son petit-fils. '

178 LETTRES DE GABUIELLE DE I\OCHEGIIOr AUT

venir et dans votre amitié. Vous pouvez compter sur la même chose de ma part , et je vous assure que je ne me console point de l'impossibilité où je me trouve par ma situation d'espérer seulement le plaisir de vous voir ; car, quoiqu'à la rigueur il fût en votre pouvoir de me rendre quelque visite, et que vous ayez même la bonté d'en former quelquefois le projet , il n'y a cependant nulle apparence que cela arrive jamais.

Il me paroît , par les choses que vous me mandez, que vous menez une vie fort agréable et que vous avez le bon esprit de profiter des sujets de divertissement qui se présentent au lieu où vous êtes. Je suis ravie que M. de Saint-Martin* dure encore, et qu'il ait même eu la boulé d'empirer. Je me souviens de la calotte tournée , sur (luoi il fit un procès, de la royauté du Mont-Saint-Michel, et de tous les autres récits que vous m'avez faits de lui ; mais je trouve tout cela au-dessous de la conduite qu'il a présentement. Je vous suis fort obligée de m'en avoir instruite , et je vous supplie de continuer à le faire. Je prierai madame de La Fayette de me faire part de la relation. Je suis toujours contente d'elle au dernier point ; elle m'écrit plus exactement que personne et avec une attention d'autant plus agréable qu'on ne doit ^ presque pas se la promettre dans un éloignement où Ton n'envisage point de fin. Gomme vous avez souhaité de tout temps de nous voir amies, je crois devoir vous rendre un compte exact du bon succès qu'ont eu vos désirs à cet égard* J'ai vu la fin de votre opéra "^ où j'ai trouvé beaucoup d'invention et le même agrément que dans le reste de la pièce,

4 L'abbé de Saint-Martin, fils d'un gros marchand de Saint-Lô; personnage ridicule. En 1686. il avait renouvelé à Caen la scène du Mamamouchi dans une farce qui amusa toute la ville. [Scgrais, sa viC et ses œuvres, par M. Brédif> p. 100.). ,, i i . ko

5 II s'agit sans doute de V Amour guéri par le temps. Voir lettre bl,

note 2.

ABDESSE DE rONTEVHAll LT, ET DE SES AMIS. 179

qui est beaucoup dire, comme vous savez. Je m'imagine que vous avez fait quelque autre entreprise nouvelle. Quand on a le goût et le talent ([ue vous avez, on ne demeure point oisif, et on auroitgrand tort de l'élre. 11 me semble, Monsieur, que vous me devriez un peu mieux informer là-dessus que vous ne faites. Quand vos ouvrages devroient être cachés, vous ne doutez pas, je crois, de ma discrétion ; et vous savez, d'ailleurs , que j'ai tant de goût pour ce qui vient de vous, que je mérite tout au moins par là d'en avoir connoissance. Je verrai si vous profilez de cet avis ; et si cela arrive, je vous en serai très-obligée. Je fais. Monsieur, avec votre permission, mille compliments à madame votre femme.

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