A SEGRAIS
A Fontevrault, ce 13 février 1C89.
J'avois espéré. Monsieur, que vous me donneriez quelque marque de souvenir au commencement de cette année, mais je vois bien qu'il faut que ce soit moi qui vous réveille. Je n'ai pourtant garde de croire que vous m'avez oubliée; j'en serois trop aflligée, et il me semble aussi que nous ne devons jamais former de soupçons l'un de l'autre; mais je ne puis m'empêcher de sentir de temps en temps que notre commerce est trop rare, et de vous en savoir un peu mauvais f^ré. Je vous demande donc de vos nouvelles, Monsieur, et je vous apprends que les miennes sont bonnes, grâces à Dieu. En disant que je me porte bien, je dis toutes mes nou-
» Ribl. imp. Mss. Fr. 24,991, fol. 221.
484 LETTRES DE GARRIEME DE ROCHECIIOÏIART
Telles, car ma vie est si unie qu'il suffit d'en avoir été instruit une fois pour la connoître toujours. Vous me direz peut-être la môme chose de votre fortune, et si vous en êtes ^ content, il ne faut pas regarder comme un malheur qu'elle demeure toujours au môme état.
Je crois, Monsieur, que madame de La Fayette vous aura témoigné l'envie que j'aide revoir votre petit opéra, que le Roland^y qui se publie à l'heure qu'il est, fait admirer de nouveau à ceux ù qui vous l'avez fait voir. Si vous voulez bien m'en confier une copie, madame de La Fayette me la pourra faire tenir trés-sûrement, et je vous promets d'être fidèle jusqu'au scrupule à n'en faire que l'usage que vous me voudrez prescrire. Vous pouvez certainement compter là-dessus.
Je vous supplie de faire mes compliments à madame votre femme, et d'être persuadé qu'il ne se peut rien ajouter à l'estime et à l'amitié que j'aurai pour vous toute ma vie.