MADAME DE MONTESPAN A IIUET, ÉVÊQUE DE SOISSONS
On est bien heureux, Monsieur, quand vous prenez une cause sous votre protection. Ce que vous m'avez dit surPé-
« Bibl. Sainte-Geneviève. Mss. L'. \1^, fol. 691.
* Bibl. iinp. Mss. S. F. 5,272. Correspondance de Huet, t. I.
a Cette lettre n'est point autographe. L'original fut sans doute adressé à Iluet. qui l'a fait imprimer sur un quart de feuille, sans date ni suscri ption ; il a seulement écrit en tôte : Lettre de madame de Montespan, Elle se trouvait au commencement du portefeuille des lettres aulo-
criture m'y a fait trouver des mérites dont je ne m'êlois jamais aperçue. J'avois toujours cru que la vivacité de la conversation et le plaisir de voir naître les pensées le devoit emporter sur le froid d'une lettre qui peut être faite avec un grand loisir, et dont les déguisements ne peuvent être découverts par les mines, ni les secours * par aucun témoin. Mais ce que vous m'avez dit m'a bien fait changer d'avis ; vous m'avez fait trouver la conversation grossière, trompeuse et dangereuse ; l'on s'y emporte souvent à dire des choses contre sa pensée; l'avis des autres nous entraîne ou nous révolte; nous parlons selon ce qu'on nous dit, et point selon les véritables sentiments de notre cœur. On se fait par là des ennemis de gens à qui l'on ne veut aucun mal ; on laisse entendre des choses si précieuses qu'elles perdent de leur mérite en les livrant aux témoins que l'on a souvent sans les connoître . Un ton plus haut nous coupe la gorge dans les affaires de conséquence, et la timidité nous ôte quelquefois tout le mérite d'une jolie pensée, parce qu'elle n'est pas prononcée agréablement.
L'écriture met à couvert de tous ces inconvénients ; elle fait en même temps la sûreté de ceux qui écrivent et le bonheur de ceux à qui l'on écrit. On s'explique avec confiance, parce qu'on n'est entendu que de celui de qui on
graphes de mesdames de Moiitespan et de Fontevrault. Comme nous ne présumons pas qu'elle soit connue, malgré ce que nous venoi.; do dire, nous la joignons à celte collection dont elle lait réellement partie. Il est cependant à présumer qu'elle a été retouchée par Huet, ou dictée à sa sœur par l'abbesse île Fontevrault; car on verra que les lettres suivantes de madame de Montespan ne se ressentent nullement de celte pureté de diction. » [Note de Lediichc dWnizy, auteur du recueil auquel la lettre est empruntée.)
J'avais publié cette lettre et celles portant leis numéros 55, 56; 57 et 58 dans Madame de Monteapan et Louis XIV J'estime également qu'elle a été dictée par l'abbesse de Fontevi-ault, et c'est pour cela que j'ai cru devoir la reproduire ici.
- Sic dans la copie.
veut l'être, et ce qu'on dit lui devient mille fois plus agréable par l'assurance qu^il a de ne le partager avec personne. Mais ce qui donne, à mon sens, l'avantage tout entier aux lettres sur la conversation, c'est qu'elles ne vous donnent pas seulement des paroles que le vent emporte et que l'air dissipe; elles rendent les pensées visibles et aussi durables que le papier même à qui on les confie. On a la joie d'y reconnoître la main de la personne qui nous écrit, de la suivre dans toutes les lignes où elle a passé. On recherche jusque dans la manière dont les caractères sont tracés, ce que les termes les plus vifs ne sauroient jamais bien faire sentir.
Vous voyez. Monsieur, que j'ai assez bien profité de vos instructions, et j'espère que vous vous en apercevrez encore mieux, dans la suite, par la régularité que j'aurai à entretenir le commerce de lettres que je commence aujourd'hui avec vous.