‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 62 sur 138 · C2. — A SEGRAIS · texte numérisé non relu

C2. — A SEGRAIS

A Fonlevrault, ce 31 janvier 1099.

Il faut toujours que ce soit moi qui rompe le silence; cela nie fait craindre, Monsieur, de n'avoir plus guère de part en votre souvenir. Je ne veux pas laisser passer ce premier mois de l'année sans vous la souhaiter heureuse et sans vous assurer que mes sentiments pour vous sont toujours les mêmes. Je vous demande de vos nouvelles et de celles de madame votre femme, à qui je fais, s'il vous plaît, mille compliments. Je compte que votre vie, à l'un et à l'autre, est aussi douce et aussi heureuse qu'elle l'est depuis plusieurs années, et je désire de tout mon cœur qu'elle se soutienne encore longtemps de la même sorte.

La mienne est toujours mêlée des agitations que ma charge ne peut manquerde produire, mais elle a aussi ses douceurs. 11 me paroît que toutes les personnes avec qui j'ai à vivre ont de l'amitié pour moi. J'ai la compagnie de ma sœur au moins la moitié de l'année, et cela en attire encore d'autres qui peuplent assez ce désert pour lui ôter la tristesse que pourroit causer une solitude trop grande et trop continuelle.

Ma sœur m'a amené ce voyage-ci votre confrère, l'abbé denest *, qui a, comme vous savez, un excellent esprit et qui est d'un commerce très-doux et très-agréable. C'est une compagnie dont je m'accommode fort et que j'ai de temps

* Bibl. imp. Mss. 24,991, fol. 225.

" Ciiarles-Claude Genest, abbé de Saint-Vilmer, aumônier de S. A. R. madame la duchesse d'Orléans (mademoiselle de Blois), secrétaire gé-

en temps, c'est-à-dire tous les deux ou trois ans , et quelquefois moins. Je ne vous parle point des autres gens qui nous rendent visite, parce que je ne crois pas qu'ils soient de votre connoissancc. Madame de Thianges, que vous avez vue sous le nom de mademoiselle de BrévaP, est ici avec son mari; mais ce sera pour peu de jours. Ils reviennent des terres de Bretagne que son mari a héritées de sa première femme.

Vous voyez, Monsieur, que, quand je me mets à vous entretenir, je vous rends compte de tout ce qui me regarde; c'est une marque que je me flatte toujours de ne vous être pas indifférente. Je serois bien fâchée de me tromper là-dessus, et vous me feriez une grande injustice. Est-il possible que vos Géorgiques ne soient pas encore imprimées, ou qu'elles le soient sans que vous ayez eu la bonté de m'en faire part? Je vous supplie de me mander ce qui en est, et, supposé que vous m'eussiez oubhéedansla distribution des exemplaires, de vouloir bien réparer cette faute le plus tôt qu'il sera possible.

néral de la province de Languedoc ; né à Paris en 1059, membre de l'Académie française, en 1098, mort en 1719.

On trouve de curieux détails sur la vie passablement romanesque de l'abbé Genest dans une lettre de l'abbé d'Olivet au président Houhier . [Histoire de l'Académie française, par Pellisson et d'Olivet, édition Livet, t. II, p. 509.)

Attaché pendant quelques années au duc de Nevers, il avait été pn'»senté par lui à sa belle-mère, madame de Tliianges, qui le mit en relation avec ses sœurs, l'abbesse de Fontevrault et madame de Montespan. Celle-ci le donna comme précepteur à mademoiselle de Dlois, dont il devint plus tard aumônier.

On a vu plus haut, page 190, qu'à Fontevrault il était obligé de lire ses propres ouvrages à l'abbesse. C'était flatteur.

'' Geneviève-Françoise de Harlay de Bréval, mariée le 2 mars 1696 au marquis de Thianges, qui était veuf

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