A ROGER DE GAIGNIÈRES
A Fontevrault, ce 10 février 1700.
J'apprends, Monsieur, par le Père Roucellet* et par M. de Larroque* que vous avez la bonté de vous intéresser vive-
« Bibl. imp. Mss. 24,991. fol. 227.- Cette lettre est vraisemblablement le point de départ de la correspondance qui s'établit entre l'abbesse de Fontevrault et de Gaignières, qu'elle connut sans doute chez la maréchale de Noailles où il était reçu dans l'intimité. Leur correspondance fut assez active jusqu'en 1704, époque de la mort de 1 abbesse. Je supprime quelques lettres de pure politesse et sans intérêt. « Le Père Roucellet était visiteur de la province d'Anjou. 3 Daniel de Larroque était né à Vitré, vers 1660, d'un père protestant ciui a publié divers ouvrages de controverse religieuse. 11 exerça d'aboid le ministère évaugélique à Londres, ensuite à Copenhague. En 1690, il se brouiUa avec Bayle dont il parait avoir été le collaborateur rentra en Fiance et embrassa le catholicisme. Sans emploi, sans fortune, il consentit, en 1695, à faire la préface d'un pamphlet ou le Rouvernemcnt était accusé de n'avoir pris aucune mesure pour prévenir la famine. L'ouvrage fut saisi, le libraire pendu, et Larroque enlerme d'abord au Chàlelel, puis au château de Saumur, ou il resta cinq ans. L'abbe-sede Fontevrault, à laciuelle il lit sans doute appel, s intéressa à lui Après bien des sollicitations, elle obtint son élargissement, le reçut à Fontevrault, et le recommanda instamment à madame de Montespan, à Gaignières, aux ^oailles, qui finirent par lui trouver un emploi de traducteur dans les bureaux des affaire? étrangères. Nomme plus tard secrétaire du conseil de l'intérieur, de Larroque obtint, a la suppression de ce conseil, une pension de 4,000 livres qui lui permit de se livrer entièrement à son goût pour les lettres. Ln de ses amis, 1 abbe d 0livet, l'estimait autant pour ses talents que pour la douceur et 1 amabilité de son caractère. . r. . U ' îï \insi s'explique laccueil bienveillant qu'il reçut a Fonlevrault, ou il composa à l'ai.le des archives de la maison, la biographie des abl>esses, que l'on trouvera à l'Appendice, pièce, n» x. Daniel de Larroiiue mourut à Paris le 5 septembre 1751. C'est lui, je crois, qui, à la mort de madame de Montespan, publia dans le Mercure françois des mois de juin et août 1707, les deux articles que j ai reproduits dans mon volume sur Uadamc de Montespan et Jmuis XIV, Appendice, pièce xii.
LETTRES DE GADRIELLE DE UOCIIECHOUAUT
ment à notre affaire de Fontaines S et que vous prenez la peine de la solliciter. Je sais depuis longtemps comme vous êtes pour vos amis, et je me flatte d'être de ce nombre. Cependant je ne laisse pas d'être surprise d'une générosité si peu ordinaire. Croyez, s'il vous plaît, Monsieur, que j'en SUIS touchée sensiblement et que je ne l'oublierai de ma vie. Ma sœur ne manque pas d'y prendre part et vous fait beaucoup de compliments. Vous ne devez pas nous tenir compte de rcstime que nous avons pour vous, puisque c'est une justice que vous recevez de toutes les personnes qui vous connoissent; mais nous joignons à cette estime une si sincère amitié qu'elle nous doit mériter quelque part en la vôtre dont nous nous flattons aussi, et moi particulièrement qui en reçois présentement une marque si essentielle.
Je vous en demande la continuation, et vous assure, Monsieur, que je serai toute ma vie vèritablDment votre trèshumble servante.