A ROGER DE GAIGNIÈRES
A Fontevrault,ce '27 août 1701.
Je reçois toujours vos lettres, Monsieur, avec beaucoup de joie, et je vous prie de croire que les noiivollcs publiques ne leur donneroient aucun nouveau mérite auprès de moi. Celles qui intéressent vérilableirient ne manquent guère de venir par quelque voie que ce soit, et toutes les autres me sont fort indifférentes. Je serai ravie si l'amitié que Boudot^ m'a témoignée peut vous être bonne à quelque chose. J'espère qu'il repassera ici, comme il me l'a promis, et, en cas qu'il me tienne parole, je prendrois le livre que vous me marquez commesijele vouloispour moi, et je vous l'enverrai en vous en marquant le prix, car je connois comme vous avez le cœur fait, et je sais que vous seriez au désespoir de m'avoir témoigné votre goût pour le livre si je m'avisois de vous le donner, ce que je ferois pourtant avec grand plaisir si je ne songeois à ménager votre délicatesse et si je ne vouiois vous servir comme vous voulez. Si parfois Boudot manquoit à repasser par ici, je lui écrirois que je veux acheter ce livre, et je le chargerois de le faire porter aux Filles-Dieu, ou de le metire entre les mains de M. de Larroque pour me l'envoyer. Vous le recevriez aisément de ces deux endroits, et le libraire n'auroit nulle connoissance que le livre fût pour vous.
Je ne profiterai point de l'avis que vous avez la bonté de me donner touchant les portraits de SanteuiP. J'aime fort
* Bibl. imp. Mss. 2i,991, fol. 243.
' Libraire du temps, qui faisait le commerce des bibliothèques Voy. la lettre suivante.
5 Chanoine réf-ulier de Saint- Victor, célèbre par ses poésies Iatine<5 • né en 1630, mort en 1C97.
les estampes, mais en tableaux seulement, et non pas en portraits. Vous avez raison d'avouer hardiment votre goût pour les curiosités qui font votre principale occupation; c'est une passion non-seulement innocente, mais encore louable et utile.
Je vous supplie, Monsieur, de me rendre toujours de bons offices dans la maison de Noailles, pour laquelle vous connoissez mes sentiments. Je me flatte que ceux [que j'ai pour vous sont aussi très-connus, et que vous ne doutez jamais de l'estime sincère avec laquelle je serai toute ma vie, Monsieur, votre très-humble servante.