A ROGER DE GAIGMÈRES
A Fontevrault, ce 2 septembre 1701.
On me dit hier que Boudot s'en étoit retourné, qu'il avoit passé à Saumur sans emporter la bibliothèque de M. Chevreau, qu'il avoit pouilant achetée huit mille francs, mais qu'il l'avoit aussitôt vendue pour dix mille aux Bénédictins de Saint-Jouin *. Me voilà par là privée du plaisir de vous procurer le livre que vous désiriez, et j'y ai beaucoup plus de regret, Monsieur, qu'à ceux que je m'étois promis d'acheter pour moi-même. Je ne saurois comprendre comment M. Boudot, au lieu de repasser par ici, comme il me l'avoit promis, n'a pas seulement daigné m'écrire un mot de tout cela. Et, encore une fois, Monsieur, je regrette extrêmement de ne pouvoir vous rendre le petit service dont je m'étois chargée avec un très-grand plaisir. Jevous supplie
' RJbl. imp. Mss. 24,991, fol. 245.
* Il yaplusieurscommune.^dece nom. C'est probablement Saint-Jouin, ^Indre et Loire), canton do Richelieu, dans le voisinage de Fonte\Tault.
'i!8 lETTRES DE GABRÎELLE DE ROCHECHOUART
de conter cette petite aventure à M. de Larroque, et de vouloir bien lui faire mes compliments.
Je m'imagine qu'il va souvent vous voir dans votre belle retraite, où je regrette bien que vous n'ayez pas été établi pendant que j'étois à Paris. J'aurois été fort aise de vous y rendre visite et de voir les ornements que vous y avez mis, qui doivent être plus à l'aise dans celte belle et grande mai' son que dans celle où ils étoient auparavant.