‹ Gabrielle de Rochechouart de Mortemart [microform]; étude historiqueChapitre 71 sur 138 · MADAME DE MAINTENON A L'ABBESSE DE FONTEYRAULT · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINTENON A L'ABBESSE DE FONTEYRAULT

Fontainebleau, ce 1«' octobre 1701,

J'ai à répondre à trois de vos lettres. Madame, et je serois bien honteuse si je n'avois une tiès-bonne excuse. Je suis tombée malade aussitôt après l'extrémité où nous avions vu Madame la duchesse de Bourgogne, et comme nos âo-es sont différents, nos ressources le sont aussi. Elle est parfaitement guérie, et je suis encore abattue et dans l'usage du quinquina qui m'enivre deux fois par jour, ce qui n'est pas propre aux têtes attaquées de migraine. Mais venons à vos lettres, Madame, que j'ai devant les yeux.

11 est question dans la première de Tabbaye du Ronceray, dont le roi n'a point encore la démission. 11 n'y a guère d'affaires dont je me mêle moins que de celles des bénéfices, croyant très-dangereux d'en charger ma conscience. J'ai lu, Madame, tout ce que vous me dites de madame votre nièce; vous savez l'estime que le roi a pour vous ; il est fâcheux que l'évêque y fût contraire, car on les consulte en pareil cas. Je ne comprends pas qu'en cela vos intérêts soient contraires à ceux de madame de Ronceray, puisque vous ne pré-

* Correspondance générale de Madame de Mainfenon; t. ÏV, p. 452

tendez à l'abbaye que lorsqu'elle ne voudra plus ou ne pourra plus en jouir ^

Votre seconde lettre, Madame, est sur la maladie de madame la duchesse de Bourgogne, qui est très-sensible à la part que vous y avez prise. Elle est tout à fait rétablie et me charge de vous remercier de ce que vous ne l'oubliez pas. Le roi a reçu avec plaisir. Madame, les compliments que vous lui avcz^ faits là-dessus.

Venons à la troisième, qui est sur le portrait de cette princesse. Votre extrême politesse ne vous permettroit pas d'v trouver à redire ; tel qu'il peut être, il nous a paru charmant. J'ai choisi cet habit parce qu'il me paroissoit avantageux, madame la duchesse de Bourgogne ayant le col un peu trop long. On a pris sa mesure juste sur sa taille. Vous parlez très-bien. Madame, sur la coiflure; il est très-vrai qu onlui cachetrop lefront, c'est parce qu'elle Ta trop grand. Notre princesse est laide, mais si elle avoit des dents, elle seroit plus aimable que les plus belles femmes. Elle devient grande et donnera, s'il plaît à Dieu, de beaux enfants. Elle a bien été contente de se voir traiter par vous de mérite solide, et elle l'est assez pour préférer cette louange à celle de sa personne. Elle n'a aucun ridicule là-dessus et devient très-raisonnable. Je voudrois qu'elle aimât un peu moins le jeu, mais il est difficile de s'en passer à la cour, et encore plus de s'y modérer. Je vous quitte. Madame, pour aller prendre un verre de vin qui me mettra hors d'état de conli-

- Voir, dans Madame de Monlespan et Imiuh A/F, p. 338, au sujet des démarches pour taire donner cette abbaye à une nièce de l'abbesse do Fontevrault et de madame de Montespan, une longue lettre de cette dernière à la maréchale de Noailles, du 22 novembre 1699.

'• M. Lavallt'e dit Auriez; c'est évidemment une erreur.— Il y a dans le dernier alinéa de celte lettre tel qu'il est donné par M. Lavalfée, sur une copie certainement fautive, quelques légères incorrections de détail que nous avons pris sur nous de corriger.

nuer ma lettre et de vous faire des protestations que j'espère qui ne sont point nécessaires pour vous persuader un véritable attachement pour vous.

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