A LOUIS XIV
[Fontevrault] Janvier 1702.
Sire, la permission que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'accorder depuis peu et dont je lui aurois témoigné ma respectueuse reconnoissance si je n'avois craint de lui être trop importune, me met dans la nécessité de lui adresser encore mes très-humbles prières touchant celte même affaire dans laquelle elle a approuvé que j'entrasse, comme la place que j'occupe semble m'y engager indispensablement. J'ai fourni un mémoire à M. le chancelier des raisons qui appuient les droits que je me vois obligée de défendre, et j'ai fait toutes les autres diligences qui peuvent dépendre de moi; mais tous ces efforts sont bien impuissants, si je suis assez malheureuse pour n'oser me flatter de la protection de Votre Majesté. C'a été jusques ici tout mon appui et toute ma force après le secours de Dieu, et si cette protection me manque dans l'occasion présente, je dois m'attendre à y succomber.
Peut-être, Sire, serois-je téméraire de demander qu'il vous plût d'user de votre autorité pour empêcher qu'on ne troublât une possession que j'ai trouvée établie depuis six
* Bibl. imp., déparlement des imprimés. Ms. (Copie.) II,
cents ans et que je me flattois de conserver dans Fêtât où elle m'avoit été confiée; je ne prends pas la liberté de demander une grâce si singulière ; je supplie seulement Votre Majesté de vouloir bien que l'affaire dont il s'agit soit terminée par des commissaires. Elle est assez importante et d'une assez grande discussion pour avoir besoin d'un examen trèsparticulier que je me garderois bien de désirer, ce que les autres privilégiés ne désireroient pas non plus, s'ils ne croyoient comme moi que les titres qui appuient les privilèges sont plus forts et plus authentiques que MM. les évéquesnele publient.
Je supplie très-humblement Votre Majesté d'avoir quelque égard à ma respectueuse supplication, et surtout de vouloir bien considérer que je ne l'en importune que pour satisfaire à un des devoirs essentiels de la charge qu'elle m'a fait l'honneur de me confier, toute autre raison n'étant pas capable de vaincre la crainte respectueuse qui accompagne toutes mes démarches auprès d'elle, et qui même retient quelquefois celles qui n'avoient pour but que de lui montrer mon zèle et mon parfait dévouement.
Je viens de l'éprouver au renouvellement de cette année où je me suis contentée de redoubler mes vœux très-ardents pour votre précieuse conservation et pour tout le bonheur dont elle peut être accompagnée, sans oser me laisser aller au désir extrême de vous les faire connoître. Je crois que cette liberté peut m'être permise à l'heure qu'il est et je la prends avec plaisir, quoique l'occasion qui me la donne me soit d'ailleurs un sujet de crainte et de chagrin.