L'ABBESSE DE FOISTEVRAULT A MADAME DE SABLÉ
A Fontcvrault, ce 23 août [1071].
Je ne suis pas si malheureuse que je pensois, puisque vous ne m'avez pas tout à fait abandonnée. J'avois jusques ici craint ce malheur, et je ne puis assez vous remercier. Madame, de m'avoir conservé quelque part dans votre amitié. Vous avez eu raison de croire que je comprendrois le
ô Armard-Jean-Captislc Le Bouthillier de Rancé, réformateur de la Trappe. Psé en 102G, mort le 27 octobre 1700.
4 A l'époque où elle habitait Sable. (Note de M. ^'Oiism ] i Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Voilant l \Il, foi. olJ Parmi les lettres de l'abbesse de iM^ntevrault a ""f ^ï^^;/^.^^;^^^^ ^ huit à noire cormaissance, ont été publiées : i- par M. Vit oi Coism dan J son volume sur Madrnuc .le SaUlr ; 2- par M . E. de ^^^^^ ^^ son volume intitulé: les Amis de madame de Sable. - Celle-ci a tic ilonnée par M. de Barthélémy. ,
Z certain nombre delctl.es de l'abbesse de Tontevraut ne sont pas signées. Généralement celles à Segrais, au l'ère Rapm, a •^«"«f -P;^'tentpour signature : /«Wmc <le FunUwauU. Celles au «'./'"?" de Gaignières, sont signées : .«. M. Gabricite de RochecUomrt, abbcssc de Fontcvrault; d autres: Gabriclle de Hoclurhouart .
.sens de votre lollro:je l'ai tout entendu, Madame % et je suis touchée, comme je dois, de toutes les bontés que vous m'y faites paroître. Vous êtes, je crois, bien persuadée que ma confiance et mon estime pour vous ne diminueront jamais. Ainsi, Madame , je ne vous en donnerai pas de nouvelles assurances ; mais, pour répondre autant que je le puis à tout ce qu'il vous plaît de me dire, je vous avouerai sincèrement qu'en effet je suis assez en repos sur une certaine affaire, que je fais tous mes efforts pour en détourner mon imagination, et que, comme elle n'a aucun fondement, je ne puis pas me figurer qu'elle ait une longue durée. Si je n'entrois dans ces pensées, je tomberois dans un accablement qui, assurément, passeroit mes forces. Je ne prétends point faire pitié, mais il est certain qu'on ne peut pas soutenir, comme je fais, tout le poids de ma charge, sans être angoissée de plus de peines qu'il n'en faut pour exercer une médiocre patience. Vous jugerez donc bien. Madame, qu'il faudroit mourir, si l'on vouloit encore être altenlive à toutes les persécutions du dehors, et vous m'avouerez que j'ai raison de les oublier autant qu'il est en mon pouvoir. Dieu me fait même la grâce de trouver des sujets solides de consolation dans les circonstances dont je serois naturellement plus blessée, car de recevoir les plus grands outrages par des personnes auxquelles non-seulement on n'a jamais fait de mal, mais qu'on a aimées, et j'ose le dire, servies en des occasions considérables , vous m'avouerez, Madame, que cela n'est point selon les régies communes et qu'il faut bien que Dieu permette cet horrible renversement pour ma sanctification. Je le prie de tout mon cœur qu'il me fasse la grâce d'en fliire un bon usage et de regarder comme un bonheur une épreuve si extraordinaire.
- Voir'cliapitre ii, p. 20.
80 LETTRES DE GARRIELLE DE ROCIIECIIOUAR
Voilà, au vrai, les dispositions où j'essaye d'être sur ce sujet, si d'abord il n'a pas paru tant de modération, cela est bien pardonnable, et vous m'avouerez qu'il y a des natures d'injustices qui font perdre toute la douceur et toute la patience qu'on pourroit avoir dans des occasions communes. Vous voyez bien, Madame, que je vous décharge mon cœur autant qu'on le peut par lettre. Je vous conjure de n'en rien faire paroitre, si vous m'aimez, de m'aider à oublier toutes ces ravauderies. Je ne veux pas mettre à d'autre usage les offres que vous avez la bonté de me faire, parce que tout le mal qu'on m'a fait est irréparable.
Au reste, je ne puis me passer de \ous dire que je suis satisfaite de M. d'Angers au delà de toute expression et qu'il n'y a point d'honnêtetés qu'il ne me fasse. Si vous lui écrivez, vous m'obligerez fort, Madame, de lui faire quelques remerciements pour moi. Si onvouloit demander à ce prélat des nouvelles de ma conduite, j'aurois, je crois, le bonheur d'être autant louée par lui que je suis blâmée des gens qui sont à cent lieues de moi. Quoique cela soit trèsvrai, je pense que j'aurois mieux fait de ne le pas dire ; mais je n'ai pu retenir ce trait de vanité; l extravagance des gens qui me persécutent m'a fait faire celle-là que je vous supplie très-humblement de me pardonner. Je suis si affoiblie de quelques remèdes que je fais présentement qu'il m'est impossible d'écrire davantage.