‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 124 sur 136 · SEPULTURES DES PLANTA GENETS A FONTEYRAULT · texte numérisé non relu

SEPULTURES DES PLANTA GENETS A FONTEYRAULT

La richesse et la splendeur de Fontevrault, qui furent si grandes au moyen âge, provenaient de la libéralité des princes angevins et de leur prédilection pour cette abbaye. Geoffroy Planlagenet et Mathilde la comblèrent de biens. Quand la dynastie angevine alla s'asseoir sur le trône d'Angleterre, elle n'oublia pas le monastère privilégié. Les premiers rois, qui restèrent si longtemps attachés à l'Anjou, contmuèrent les traditions de générosité de leur famille» et, après avoir de plus en plus enrichi l'abbaye de leur vivant, lui donnèrent en mourant leur corps à garder. On a appelé Fontevrault le Saint-Denis des Plantagenets. Tous les Plantagenets ne reposèrent pas cependant dans le monastère. Les corps de six princes de cette maison y furent seulement déposés; ce sont : Uenri II, Richard Cœur de Lion, Jeanne d'Angleterre, Éléonore d'Aquitaine, Raymond Yll et Isabelle d'Angoulème. Fontevrault reçut encore, outre les corps de divers princes d'autres familles, le cœur de Henri III et celui de Béatrice, fille de Richard.

Henri 11, Plantagenet, né au Mans le 5 mars 1155, était fds de Geoffioy Y et de Mahaut ou Mathilde d'Angleterre. Après un règne

^ L'intéressante et curieuse notice qu'où va lire a été publiée dans le numéro du i" décembre 1867 de la Gazette des Beaux-Arts.

L'auteur, M. Louis Courajod, de la Bibliothèque impériale, a bien voulu nons autoriser à la reproduire, et nous l'en remercions vivement. C'est un travail d'une érudition sûre, exacte, sur une question en quelque sorte nationale. Il est un peu plus complet dans la Gazette des Beaux-Arts; mais nous avons soigneusement conservé les faits principaux.

LES PLANTAGE NETS A 10 NT H Vil AL LT. r.c.7

mAlé de glorieux succès et de grands revers, ce prince, successivement comte d'Anjou, duc de Normandie, duc d«* Guienne, comte de l'oitou, roi d'Angleterre, vint moiuir à Cliinon, vaincu et humilié par son fils, le G juillet 1 ISO. Le dernier vœu du roi fut d'êlre enterré dans l'abltaye de F.)nlt*vrault •.

Le lendemain de sa mort . on le porta au lieu de sa sépulture couvert de ses habits royaux, une couronne d'or sur la tête, ayant aux pieds des chaussures tissues d'or et de> éperons, au doigt un grand anneau, à la main un sceptre, un glaive au côté et le visage découvert. Richard, son fds, ayant appris la mort de son père, accourut en toute hâte, le cœur plein de remords. Dés qu'il arriva, le sang se mit à couler des narines du cadavre, connue si Tâme du défunt s'indignait à la venue de celui qui passait pour être cause de sa mort, et comme si ce sang criait à Dieu. Richard, saisi dune inexprimable angoisse, suivit jusqu'à Fontevraull la bière qui transportait son père, et il fit ensevelir honorablement le corps du roi défunt par les arcWevêques de Tours et de Trêves. Telle est la narration de Matthieu Paris- d'après Roger de Wendover* et Benoit de Peterborough *.

Suivant Roger de llovedeu ' et deux autres chroniqueurs "^ dont la tradition est adoptée par Augustin Thierry, les faits se passèrent autrement. .Nous empruntons à l'éminent historien de la conquête de l'Angleterre la traduction qu'il a mêlée à son récit ^ « Quand le roi eut expiré, son corps fut traité par ses serviteurs comme l'avait été autrefois celui de Guillaume le Conquérant. Tous l'abandonnèrent après l'avoir dépouillé de ses derniers vêtements et avoir enlevé ce qu'il avait de plus précieux dans la chambre et dans la maison. Le roi Henri avait souhaité être enterré à Fontevrault ; on eut peine à trouver des gens pour l'envelopper d'un

* Bibl. imp., nis. lat.. MSO, t. II, fol. 117 v.

* Grandes Chroniittes de 'Sl:^nh. Vdii'is, trad. Huillard-Dit-lioIlos, t. II, p. Ul- ' Hofieri de Wendover Ckroniia sire flores historiarum iiunc primum ejid.,

H. 0. Coxe, Londini. 18il, t. II. p. 411.

* Kx Benedicti Pelrobur^ensis Yila Iletirici II, Aiiylix régit, apud Rerum Galtic. script., t. XVII, p. iOO.

^ Annales, pars posterior, apud Rerum ani/licarum script. Ed. Savile, Franco furli, 16: 11. p. 6:il.

^ r.iraldus Canibiensis, ap. Rer. gall. script., t. XVIII. p. I:i7-irî8, pt Chron- Ltnulun., ibid., p. 707.

' Histoire de la conquête de IWnyleterre, éd. de 1S38, t. 111, p. Ô42.

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linceul el des chevaux pour le transporter. Le cadavre se trouvait dé,à déposé dans la grande église de Tabbaye, en attendant le juin de la sépulture, lorsque le comte Richard apprit, par le bruit jmblic, la mort de son père. Il vint à l'église, trouva le roi gisant dans le cercueil, la face découverte et montrant encore, par la contraction de ses traits, les signes d'une violenteagonie. Le lendemain de ce jour eut lieu la cérémonie de la sépulture. On voulut décorer le cadavre de quelques insignes de la royauté ; mais les gardiens du trésor de Chinon les refusèrent, et, après beaucoup de supplications, ils envoyèrent seulement un vieux sceptre et un anneau de peu de valeur. Faute de couronne, on coitïa le roi d'une espèce de diadème fait avec la frange d'or d'un vêtement de femme. »

Nous aurons l'occasion de revenir sur ces deux récits, de les discuter et de nous décider pour celui qui nous parait le plus vrai. Quoi qu'il en soit, ces deux versions sont d'accord sur un point : Henri II fut enseveli à Fontevrault et inaugura ce qu'on appela depuis le cimetière des rois d'Angleterre.

Au-dessus de la sépulture du roi on éleva un monument pour accuser la présence de sa dépouille. Henri était sculpté en pleine pierre sur un sarcophage qui représentait un lit de parade couvert d'un drap somptueux. On grava sur ce tombeau une épitaphe latine*, composée de trois distiques dont voici la traduction : « J'étais le roi llenri ; mon pouvoir sétendait sur de nombreux royaumes, et je fus plusieurs fois duc el comte. Le prince, que la surface de la terre n'aurait pu contenter, huit pieds de terre le contiennent ! Toi qui lis cette épitaphe, songe au danger de la mort et vois en moi une image de la fragilité humaine. »

Il ne nous reste de ce monument qu'un fragment enlevé au mausolée dans un des nombreux remaniements subits par le cimetière. C'est la figure et la partie du sarcophage qui la soutenait. Le roi eht couché. Le drap qui recouvre le lit se relève un peu sous les pieds et sous la tête, et forme des festons sur les côtés. La main droite appuyée sur la poitrine portail un sceptre court. La main gauche estpo-sée .sur la ceinture, au-dessous de la droite. A gauche du roi, sur le drap, est déposée son épée. Le ceinturon est enroulé autour du fourreau. Voici le costume : le roi, couronné et sans barbe, porte le manteau en forme de chlamyde, un surcot

* lîoger de Wendover, éd. cit., t. II, p. 44i.

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