AU DOCTEUB VAI.LANT i
A Fontevrault, ce 1" octobre I67'i.
Vous avez eu raison de juger que les ordonnances que vous avez eu la bonté de faire pour madame Testu seroient bien reçues et très-fidèlement exécutées. C'est une personne que j'ai tant d'envie de conserver qu'on ne peut me faire un plus grand plaisir que de m'en fournir les moyens, et de plus, Monsieur, vous savez bien que je suis assez aise quand je reçois de vos lettres. Elles ont aussi tout ce qu'il faut pour plaire, et je les trouve également utiles et agréables '. Au reste, je vois bien que madame Testu vous a mandé des choses sur mon sujet que je suis bien éloignée de mériter. J'ai été honteuse quand j'ai lu les passages que vous m'avez choisis. Cette fois, croyez-moi, Monsieur, je ne suis pas asiez parfaite pour n'avoir plus que la vanité à combattre. Je sais très-bien que je ne remplis pas tous les devoirs de ma charge, que la force, la vigilance et la ferveur qui sont des qualités si nécessaires à une supérieure, me manquent
'' Voir letlrc 4, note 5.
« Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VU, fol. 47G. - Les portefeuilles renferment les minutes de quelques-unes de ces lettres. On ne peut pas dire qu'elles soient agréables.
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tout à fait. Ainsi je vous assure que je ne suis encore nullement satisfaite de ma conduite. Souvenez-vous donc, Monsieur, de ne plus me donner à l'avenir des instructions si délicates, et commencez, s'il vous plaît, par m'exhorter à bien faire ; c'est de quoi j'ai besoin présentement.
J'ai commencé depuis peu à lire la nouvelle traduction des Proverbes. C'est un livre admirable, et il me semble que j'y trouve bien des choses qui me sont propres. Si je vous voyois, je prendrois grand plaisir à en parler avec vous, mais il me semble que je serois trop longue, si je vous écrivois tout ce que je pense là-dessus. Cependant il faut que je vous dise pour l'honneur de la vérité et pour le mien que je donne tout le temps qui me reste après les affaires principales à des lectures solides dont j'espère profiter et qui me donnent même beaucoup déplaisir. Je sais que vous me souhaitez assez de bien pour apprendre cela avec joie.
Je suis édifiée au dernier point de la conduite de madame de Maubuisson^ et de ce qu'elle a dit au sujet de madame de Chelles\ C'est un bel exemple pour toutes les religieuses, et surtout pour nous autres abbesses qui n'avons pas toute l'humilité à laquelle nous sommes obligées, même au jugement des personnes du monde.
Obligez-moi, Monsieur, d'assurer madame la marquise de Sablé que je suis toute à elle, et croyez tout ce que sa fiUe^ vous a souvent dit de ma part.
5 Louise-Marie-Hollandine, fille de Frédéric ^^ duc de Bavière et roi de Boh-me. >'ée le 18 avril 10-22, elle se fit catholique en 1658 et vint en France. Deux ans après, elle prit le voile à Maubuisson etfut nommée abbesse de cette communauté en 1664. Morte le 11 février 1709. — Maubuisson était une abbaye.de l'ordre de Cîteaux, près de Pontoise.
* Marie-Guionne de Cossé-Brissac. Quelques années plus tard . elle céda sa place à la sœur de mademoiselle de Fontanges ; puis, après la mort de celle-ci, elle rentra en possession de l'abbaye de Clielles. Morte le 15 juillet 17U7.
^ Ce mot est écrit en abréviation et ressemble exactement au signe
ABBESSE DE FONTE VRAIM, ET DE SES AMIS. 05 Je voulois VOUS deiiiaiiiler une invention pour purger ma tête qui est extrêmement chargée ; mais il est si tard que je n'ose m'embarquer à vous donner les explications dont je crois que vous avez besoin pour me marquer un remède proportionné à mon mal.