A MADAME DE SAINT- AUBIN, A LABBAYE-AUX-BOIS
A Fonlevrault, ce 27 septembre 1672.
Vous m'obligez fort, ma chère ^llle^ d'entrer comme vous faites dans mes raisons et de m'assurer que madame de l'Abbaye-aux-Bois'Mes a aussi entendues. Je suis toujours fort aise d'obliger, mais vous savez qu'il ne faut être ami que jusqu'à l'autel. Je crois que la pauvre dame n'observe dans son gouvernement ni cette règle ni aucune autre. C'est un grand malheur pour elle-même et pour les personnes qui sont dans sa dépendance. L'histoire que vous me mandez là-dessus ressemble à ce que j'ai vu mille fois arriver dans ce lieu-là ; mais, en vérité, il ne se peut rien de plus malhonnête à l'égard de madame Dofine. Je lui conseille cependant de mépriser celte injure, puisqu'elle méprise les personnes de qui elle part. Ma maison n'est pas si bien située, mais elle est moins orageuse, et vous pouvez assurément en disposer l'une et l'autre.
Voilà enfin le Ronceray ^ donné. Je savois bien qu'il n'étoit pas pour ma nièce^; mais il me semble que la personne qui en est pourvue ne paroissoit point sur les rangs. Je la piaindrois de se transplanter à l'âge qu'elle a, si ce changement n'étoit de son choix.
* Bibl. irnp. Mss. 17,048. Portefeuilles Veillant, fol. 140. — CeUe lettre a été publiée par M. de Barthélémy, sans nom de destinataire.
- En abréviation. M. Cousin et M. de Barthélémy ont adopté le mot sœur ; je crois que c'est une erreur.
'" Marie-Madeleine-Urbaine-Thérèse d'Albert d'Ailly de Péquigny, abbesse de r.\bbaye-aux-Bois, de 1056 à 1687.
^ Notre-Dame de Ronceray, à Angers.
•^ L'abbesse de Fontevrault avait auprès d'elle plusieurs de ses nièces, entre autres deux filles de son frère, le maréchal de Vivonne. Il s'agit évidemment de la plus âgée des deux. Elle fut nommée, en 1689, abbesse de Beaumont-le.s-Tours ; morte le 24 octobre 1753.
Mes compliments, s'il vous plaît, à M. Vallant. On dit qu'il se corrige de son insensibilité ; mais il faut que ce ne soit qu'à l'égard des gens qu'il voit; j'aime mieux du moins le croire de cette sorte et n'accuser que mon absence de l'oubli où il me met. Je vous prie de me mander si ma cousine le querelle toujours, et surtout comment il se porte".
Je suis à vous de tout mon cœur, ma chère fille, et à madame Dofine. Je me flatte que vous en êtes l'une et l'au- Ire bien persuadées.