A MADAME DE SAIM-AIEIX. A LABBAYE-AL'X-BOIS
ATontevrault, ce ô janvier 1675.
Je suis honteuse au dernier point, ma chère fille, d'avoir été si longtemps sans vous écrire ; mais, comme j'ai eu le
* Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant. t. VII p. 263, fol. 446. — Lettre publiée par M. Cousin.
' Bibl. imp. Mss. 17,0o0. Portefeuilles Vallant. fol. 516.
soin de vous faire mander les légitimes raisons qui m'en empêchoient, j'espère que vous ne m'en saurez pas mauvais gré. Une partie de ces raisons subsiste encoi'e, car vous savez que je suis embarrassée des offices jusqu'au mardi gras. Cependant je ne puis laisser passer tant d'ordinaires sans vous faire voir de mon écriture et sans vous piouvor par ce petit soin, que je me souviens toujours de vous. Je n'entreprendrai point de répondre à toutes vos dernières lettres que j'ai lues avec un extrême plaisir, parce que je n'ai pas le loisir décrire assez longtemps pour cela ; mais je crois vous devoir dire, pour mettre vous et xM. Berger en repos, que tout ce que vous avez pris la peine de me mander sur son sujet éloit très-inutile; que je le crois l'homme du monde le plus fidèle, et que M. l'abbé Teslu et moi n'avons jamais douté de lui, quoique nous ayons été en peine, lui et moi, de ce qu'on ouvroit nos lettres, car il est trèsvrai qu'on les ouvre ; et quoiqu'on ne mande rien qui pût faire la moindre affaire, ce ne laisse pas d'être une chose désagréable cjn'il y ait des gens qui prennent cette liberté. Ce n'est point du tout une imagination, et M. Berger m'obligeroit fort s'il les pouvoit découvrir.
Vous m'avez fait un très-grand plaisir de m'apprendreen détail le })résent que madame de Montmartre a fait à M. Vallant. Comme je les aime l'un et l'autre, je m'en suis réjouie, mais avec quelque différence, car je sais que la personne qui reçoit ne doit pas être si aise que celle qui donne. Je suis ravie que le mérite de M. Vallant soit connu [ït de voir que tous les bonnêtes gens ont sur son sujet un ^oiil pareil au mi(n. Au reste, j'ai pris depuis peu des re- ^médes qu'il m'a envoyés, dont je me trouve si extrêmement bien que je ne puis m'en louer assez. Je lui en écrirai au premier jour une lettre de remerciement, et je prendrai iussi la liberté de lui donner une petite commission de la-
quelle j'espère qu'il voudra bien se charger. En attendant, ma chère fille, obligez-moi de lui faire mes compliments ; et croyez, s'il vous plait, que je vous aimerai toute ma vie fort fidèlement. J'en dis autant à madame Doline, et je suis de tout mon cœur sa très-humble servante.