AU DOCTEUR VALLAMTi
A Fontevrault, ce 7 janvier 1673.
Il y a bien du temps, Monsieur, que j'ai envie de vous écrire et que je n'ai pas pu le faire à cause d'un gros rhume dont je ne suis pas encore tout à fait quitte. Je vous suis très-obligée de n'avoir pas eu égard à mon silence et de m'avoir donné la consolation de recevoir une de vos lettres. Vous m'avez fait aussi un extrême plaisir de me mander qu^ j je suis bien avec madame de Montmartre. C'est une personne que j'honore et que jaime avec la dernière tendresse. Ainsi, rien ne me pouvoit plus toucher que d'apprendre par un homme aussi clairvoyant que vous qu'elle me donne quelque part à son cœur. Je me suis déjà réjouie pour elle et pour vous de ce que vous avez fait connoissance. Je vous prie, pour m'en payer, de lui parler quelquefois de moi et de ne pas souffrir qu'elle m'oublie. Vous voyez. Monsieur, que je compte bien sur votre souvenir, puisque je vous donne de telles commissions. Je vous conjure de ne me jamais faire repentir de cette confiance.
Au reste, quoique je sois touchée vivement de l'exhortation que vous me faites touchant le mépris qu'il faut avoir des choses de ce monde, je vous avoue cependant que je ne me trouve pas encore assez indifférente sur les bruits qu'on voudroit faire courre, pour oser vous éclaircir l'histoire que
* Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 496.
madame Testu vous a commencée. Ce n'est pas de vous que je me méfie, comme vous pouvez penser. Je sais dans quelle sûreté seroit ma lettre, dès que vous l'auriez entre vos mains ; mais je ne suis pas assurée de ce qui lui peut arriver sur les chemins, et c'est ce qui m'empêche de vous dire ici ce que je vous conterois avec sincérité et avec joie, si je vous voyois. Vous saurez seulement en général qu'on a conté à Angers une histoire de Fonlevrault, très-fausse dans plusieurs de ses circonstances essentielles : madame Testu, qui n'aime pas l'injustice, surtout quand elle s'attaque à ses amis, souffre très-impatiemment que des gens dont il y auroit grand plaisir d'être estimée, aient peut-être conçu de là une très-mauvaise opinion de moi* ; j'en souffre aussi de mon côté ; mais voyant qu'on ne peut s'éclaircir de si loin, je me sers de votre exhortation pour prendre patience en cette rencontre. Je vous prie, Monsieur, de continuer à m'en faire et de me donner toujours quelque part à vos prières. J'ai un besoin infini de tous ces secours dans la place où je suis.