‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 26 sur 136 · AU DOCTEUR VALLANT · texte numérisé non relu

AU DOCTEUR VALLANT

A Fontevrault, ce 51 janvier 1074.

Une fluxion que j'ai sur le visage m'empêche de vou: écrire de ma main, comme je me l'étois promis. J'espèn bientôt me donner cette satisfaction, mais je ne crois pa: devoir différer à vous faire savoir que je suis toute prête ; recevoir la nouvelle convertie que l'on m'offre, et qu'ains on n'a qu'à me l'envoyer au plus tôt, ou bien à me mander oi' il faut que je la prenne. Je suis persuadée que je ne pourrois refuser une pareille chose sans manquer à mes devoir les plus essentiels de la charité; mais, outre cela, j'avou que j'ai une grande joie de faire une chose qui soit agréabl aux personnes qui s'intéressent dans cette affaire. Je vou conjure, Monsieur, d'être persuadé de cette vérité, et d^ compter que personne ne connoît plus que moi ce que vou valez et n'a pour vous une estime plus particulière que j'e; aurai toute ma vie.

Je vous supplie de faire mes compliments à madame 1; marquise de Sablé.

17. — A MADAME DE SAINT-AUBI>', A L'ABBAYE-AUX-BOIS *. A Fontevrault, ce 10 mars 1674.

Mes affaires ont mis une si longue interruption à notr commerce que je ne puis plus le reprendre où nous en étion

* Bibl. irnp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 453. - Lettre dictée, et non signée.

* Bibl. irnp. Mss. 17.050. Portefeuilles Vallant, t. VII, fol. 429. - La partie entre crochets a été publiée par M. Cousin, dans Madame d Sablé, p. 266. M. Cousin date la lettre du 10 mars 1079 ; nous croyon quil faut lire 1074.

AlJlJESSE \)E FOMEVKALLT, EJ DE SES AMIS. 107

f 'fii'il faudra nécossaiiement, ma chère fille, que vous me !. muiez de nouveaux suje(s de vous entretenir en me man- Kiiit des choses aussi agréables que celles que je trouve orhiiairement dans vos lettres. Je ne sais pas trop si cet agrément est dans les nouvelles dont vous me faites part, ou ' iilcment dans la manière dont elles sont rapportées ; mais :c '(ui est devrai, ma chère fille, c'est que vos lettres me liment un sensible plaisir et que je suis ravie toutes les que j'en reçois.

Comme je crois que vous avez présentement mademoi- .lle de Comminges, je vous prie de lui faire mes compliiitnts, et je vous conjure encore, et madame Dofine aussi, r ivoir de la bonté pour elle. C'est une fille qui a un méii'' très-solide et pour laquelle j'ai beaucoup d'amitié. J'esi'it' que Madame et vous en serez contentes. C'est tout ce {u'clle souhaite pour le temps qu'elle demeurera chez vous.

■\>' vous conjure, ma chère fille, de donner à M. Vallaut la (tire que j'écris à madame de Vaudemont-, afin qu'il la t- •> envoyer sûrement par Montmartre. Faites-lui en même iii[is bien des compliments de ma part et ])ien des remericjnents de ce qu'il m'a envoyé pour madame de Belin, ni se porte mieux. Dieu merci.

le suis très-aise que Madame (la prieure de l'Abbaye-aux- 'iiis) parle de moi avec amitié; mais assurément elle se •oinpe de me croire janséniste. Pour la doctrine qu'on leur îipute, je ne l'ai pas; mais il est vrai que les livres de ces rieurs me paroissent au-dessus de tout ce qu'on peut if en notre langue, et que la morale qui y est enseignée^ iioique très-rude à la nature, ne laisse pas de me plaire, irce qu'elle est conforme à la seule et véritable règle, qui

1 l'Évangile. Voilà ma profession de foi en raccourci. Je

Aiine-Élisabeth do Lorraine, lille du duc d'Elbeul, mariée le ^ avril 1660 à Charles-Henri de Lorraiue> prince de Vaudemont.

1(18 I.ETTIiES DE GABRIELl.E I»E ROCIIECHOUART ne m'étonne pas qu'elle soit un peu suspecte chez vous, puisque les gens qui y gouvernent, ne me croyant pas de leur cabale, seroient bien aises de faire croire que je suif aussi séparée de l'Église que de leur empire. Comme leurs jugements ne sont pas ceux de Dieu, je me console, et j( suis même assurée que, dès ce monde, les vrais honnêtee gens me feront justice. Vous serez peut-être ennuyée, me chère fille, d'un aussi grand prône que celui-là; maif comme je n'ai nulle nouvelle à vous mander et que je sui: bien aise de vous écrire, je me suis étendue sur la premièn chose qui m'est tombée dans l'esprit.] J'espère que vousmi le pardonnerez et que vous voudrez bien embrasser madam( Doline pour moi. Vous pouvez compter l'une et l'autre qu( vous avez en moi une très-fidèle amie.

Page 1