A MADAME DE SABLÉ
A Fontevrault, ce 5 janvier [1674].
Vous me faites justice, Madame, et outre cela le plus grand plaisir du monde d'être persuadée que ça n'a point été par gravité que j'ai laissé passer tant de temps sans me donner riîonneur de vous écrire. Je vous ai déjà mandé bien des fois que je serois ravie d'avoir un commerce réglé avec vous et que vous seriez souvent importunée de mes lettres, s'il se passoit ici quelque chose qui fût digne de vous être mandé. Rien n'est si vrai que cela, Madame, et je pense que vous n'aurez pas de peine à vous l'imaginer. Toutes les fois que vous avez la bonté de m'écrire, je suis touchée d'admiration pour tout ce que vous avez la bonté de me mander et d'une joie sensible des assurances d'amitié dont vos lettres sont remplies. Jugez, Madame, si ce ne seroit pas un grand bonheur pour moi d'en recevoir souvent, etsi jepuis négliger volontairement les moyens de me procurer une chose si agréable. Je vous conjure donc de me plaindre et de me donner des marques que vous ne m'oubliez pas, toutes les fois que vous le pourrez faire sans vous incommoder.
Vous m'avez fait un plaisir sensible de vous étendre un peu sur la dévotion de madame de Thianges. Il me pareil,
* Bibl. inip. Mss. 17,OjO. Portefeuilles Vallant, fol. 406.— Le second alinéa seulement de cette lettre a été publié par M. Cousin dans Madame de Sablé, p. 270.
La lettre ne porte pas l'indication de Tannée, mais d'après une lettre de madame de Sévigné du o janvier 1674, la conversion de madame de Thianges aurait eu lieu vers la fin de 167Ô.
lie la manière dont vous en parlez, qu'i^Ue pourroitêlretrèsolide, si elle quittoit la cour; mais je ne puis croire, non [)liis que vous, qu'on puisse soutenir dans ce pays-là une vie III si austère que le doit être celle des véritables chrétiens, III tout de ct'ux qui, ayant été engagés dans le monde, doiu'iit songer à faire une sérieuse pénitence. Je pense, Malame, que vous et M. de Tréville- lui aurez souvent prêché l'tte vérité, et que bientôt elle la mettra en usage. Je trouve lnYlle n'est pas à plaindre d'avoir de tels directeurs ; car, ^liiiame, je vous mets de ce nombre, et je sais bien que peroniie ne peut mieux que vous persuader de bien faire. J'ai )Ui parler aussi il y a longtemps du mérite de M. de Tréville : ' l'ai même vu une fois ou deux pendant que j'étoisà 'a ris. Je ne soupçonnois point du tout alors qu'il pût être I doux ans de là le directeur de madame de Thianges; mais lieu change les cœurs quand il lui plaît, et je me réjouis bien [iiand j'appris l'année passée cette célèbre conversion.
Je suis ravie. Madame, que ma sœur soit assez heureuse *our être tout à fait bien avec vous. Je lui envie furieusenent le plaisir qu'elle a de vous entretenir quelquefois, et '' voudrois au moins que vous voulussiez vous souvenir de lioi quand vous êtes ensemble. Croyez qu'il ne se peut rien jouter à l'admiration que j'ai pour vous, et puisque vous uulez que je vous traite familièrement, je vous aimerai avec 'iite la tendresse et la fidélité possible.
- Le comte de Trois-Yille (on disait Tréville, était un homme du grand onde, qui y avait renoncé, par suite de la profonde impression (ju'avait ito sur lui la mort de madame IlenrieUe d'Angleterre. Bourdaloue ■ècha, en 1671, sur cette conversion, à laquelle, de son côté, Cossuet ail coopéré. Tréville mourut le 15 août 1705.