‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 32 sur 136 · MADAME DE SABLÉ A L ABBESSE DE FONTEVRAULT · texte numérisé non relu

MADAME DE SABLÉ A L ABBESSE DE FONTEVRAULT

A Paris, ce 13 octobre 1674.

Ce seroit, Madame, un grand bien pour m^oi, aussi bien qu'mi grand honneur, si j'avois ime de vos lettres à porter toutes les fois que je vais à Montmartre. Cela me donne un rehaussement d'être nouveau, comme il arrive aux ambassadeurs des grands princes. J'ai beaucoup de joie, Madame, que vous ayez vu le livre qu'on appelle Monita et la belle lettre que M. de Tournay a écrite sur cela. Celle qui est en latin est un peu plus longue et plus exacte, et l'on y voit de quelle sorte on doit entendre l'endroit de l'index où on l'a mis.

Voici comme la chose s'est passée à Rome. Quantité de personnes qui ont intérêt que toutes les imaginations de dévotions subsistent, s'élevèrent contre ce livre et demandèrent qu'il fût condamné. D'autres, au contraire, bien intentionnées, dirent que l'on ne pou voit condamner ce livre et demandèrent que l'examen en fût fait, et que s'il y avoit quelque proposition qui fût suspecte dans la foi, on le condamnât. L'on examine ce livre; l'on n'y trouve rien qui puisse

* Bibl. imp. Mss. 17,050. Portefeuilles Vallant, t. VIT, fol. 150. — Deux ou trois phrases seulement , les premières et les dernières, ont été publiées par M. Cousin.

Le? lettres que l'on a de madame de Sablé sont en minute.

On n a pas découvert jusqu'à présent les originaux de celles adressées à l'abbesse de Fontevrault. Les conservait-elle ? On peut en douter par ce qu'elle écrivit, le 5 janvier 1677, au docteur Yallant, au sujet d'une de ses lettres qu'elle avait, disait -elle, perdue. Elle écrivait une autre fois à la sœur de Saint-Aubin, pour provoquer ses confidences, qu'elle brûlait toutes ses lettres.

ABBESSE DE ION T E VR Al I/I. ET I»E SES AMIS. Vlô

être suspect. Nonol)stant cela, comme le parti contraire à ce livre étoit fort nombreux, puissant et pressant, l'on ne peut leur refuser quelque chose, ne pouvant le condamner, ce qui ne s'est jamais fait.

Pour l'autre, qui a été fait contre M. d'Amiens, quoique cet évoque se soit oublié en ce qu'il a fait, l'écrit qui lui est contraire vient d'une source inconnue, et il est rejeté de tout le monde, comme de vous, Madame, qui en avez jugé comme les plus grands docteurs qui sont ici-.

11 y a plus de quinze jours que celt(î lettre est écrite, mais comme l'on me dit que l'auteur du livre appelé Monita, etc., a fait une lettre apologétique pour sa défense, qu'il y a encore une lettre sur le même sujet contre M. Abely^, qui a fait Monita J^.s?^ j'attendois d'avoir tout cela pour vous l'envoyer, Madame, en me donnant l'honneur de vous écrire. Mais le libraire qui les vend, et auquel un de mes^ amis m'avoit adressée, m'a prise pour un mouchard. Cet ami m'a dit qu'il m'y mèneroit. En attendant, Madame, j'ai cru qu'il ne falloit pas vous laisser dans le doute des causes de mon silence.

La comparaison que madame de Bois-Dauphin fait de la cour de l'Abbaye-aux-Bois avec celle de Fontevrault me ])aroît fort plaisante.

Que l'on est heureux. Madame, quand on a de quoi voir par soi-même comme vous, et de n'être point conduit comme un oison bridé par des gens qui, étant aveugles, tombent les premiers et font tomber ceux qui les suivent !

* Voir la lettre précédente ; 2" alinéa.

^ Louis Abelly, né en 160,3 dans le Vexin français, curé de Saint- Josse, à Paris, p-rand-vicdire de Bayonne , évèque de Rodez en 1G6-2, se démit de son siés:e en lOtJG et se retira dans la maison de Saint- Lazare, où il mourut en 1091. Auteur d'une Vie de saint Vincent de Paul et de livres de piété et de théologie.

l-2i LETTRES DE GABRIELLE DE ROCHECIIOUART

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